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    Moitiés d'âme : Chroniques des Cinq-Trônes (Anthelme Hauchecorne)

    Disponible sur amazon

    Moitiés d'âme : Chroniques des Cinq-Trônes (Anthelme Hauchecorne)

    Auteur : Anthelme Hauchecorne

    525 pages papier

    Thème : Fantasy

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    fait partie de la tétralogie

    Chroniques des cinq trônes

     

    Résumé :

    « La mägerie n'obéit qu'à un seul principe : elle ne peut s'exercer qu'à deux. Liutgarde le sait. Elle a pourtant fui Ortaire, l'époux qui lui avait été imposé, renonçant ainsi à son pouvoir. Exilée au nord des terres, elle serait morte sans l'aide des caravaniers et de Rollon, un mäge à l'esprit torturé. Épris l'un de l'autre, Liutgarde et Rollon se déplacent en roulottes avec leur communauté dans l'hostile forêt de la Sylverëe, ancien royaume des Faëes de l'Hiver. Mais l'équilibre de cette vie en cavale va complètement basculer, les obligeant l'un et l'autre à régler les dettes de leurs vies antérieures. Car dans ce monde tout se sait et tout se paie un jour. Leur pouvoir et leur amour suffiront-ils à les protéger ? »
     

    La bête du Bois de Boulogne (Christine Béchar)

    18/20

     

    Je remercie Anthelme Hauchecorne pour m'avoir envoyé son livre. L'ouverture de l'enveloppe a été reçu par un grand "waouh". Le livre est magnifique, couverture cartonnée en relief, dessin sur la tranche des pages, papier épais, ruban marque-page. J'ajouterai que j'ai eu l'impression qu'il était doré à l'or fin tellement il est délicat. C'est une édition de luxe, un collector qui va trouver sa place comme il faut dans ma bibliothèque.

     

    Il s'agit du premier tome d'une tétralogie fantasy des Chroniques des Cinq Trônes. Au début, j'ai cru qu'il n'y avait qu'un seul tome, car il n'y a pas de réelles indications qu'il s'agit d'un premier, par contre la fin nous laissant avec beaucoup de questions, je me suis dis qu'il y avait forcément une suite. Ici nous parlons de l'hiver, je pense que comme les saisons sont quatre, 4 livres, hum, vous voyez où je veux en venir ? Mais peut-être que je me montre. Ce qui sera le cas, plus tard. Dans tous les cas, j'ai terminé la lecture il y a un mois et je ne savais pas trop comment aborder le récit. Pas que je n'ai pas aimé, bien au contraire, c'est plutôt que je voulais une chronique à la hauteur de l'histoire. Et surtout parce que je ne me sentais pas prête à l'écrire.

     

    Rollon et Liutgarde sont les personnages principaux de cette histoire, avec en prime, une faëe, dame Hölle. Nous suivons les deux premiers au coeur d'une caravane. Plusieurs mäges, érudits et chasseurs font route pour le sud. Le froid est de retour et Liutgarde désire se poser. La vie sur la route commence à lui peser, elle qui a fuit son mari, celui qu'elle a été obligé d'épouser veut enfin un petit chez soi, avec le mäge Rollon. Ce dernier a un passé bien plus noir que ne le laisse le supposer les premiers écrits, jusqu'à ce que... Jusqu'à ce que nous en apprenons un peu plus chaque jour. Si elle arrive à les faire tous aller dans ce sens, Rollon reste pessimiste. Partir loin de la foret de Sylverëe, bien qu'elle aie mauvaise réputation semble le perturber. Ce voyage si bien commencé ne va pas le rester bien longtemps. L'ombre d'une faée, probablement la seule et unique qui est encore en vie semble noircir le tableau.

     

    Un premier tome froid, glacial même. L'hiver est là, aux portes des caravanes, dans la foret, dans le cœur de Dame Hölle et de ceux qui se méfient de la mägerie. L'amour entre Rollon et Liutgarde sera-t-il assez fort pour briser la glace ? Difficile à dire en faisant tourner les pages les unes après les autres. Les événements s’enchainent les uns après les autres, lentement, mais sûrement. Il y a tellement de choses à découvrir que l'auteur nous laisse prendre le temps de les apprécier, de découvrir le passé de chacun et le présent, apportant un avenir bien sombre. Le texte est fluide, complet, complexe à souhait sans pour autant nous perdre dans des descriptions faramineuses. Nous sentons bien qu'il se trame quelque chose dans cette foret.

     

    « Rollon s'était souvent interrogé, au sujet de l'arcänes de l'Hiver. On n'en comptait que quatre. Lui-même connaissait la glace et les songes. Les deux dernières, la Faëe les gardait pour elle. Souvent, il s'était demandé si l'une d'elles permettait de soigner. D'autant que les autres Maisons possédaient toutes au moins une arcäne de soins.

    Mais pas l'Hiver, non. L'Hiver ne soigne pas.

    L'Hiver est la saison où les faibles meurent.

    L'Hiver est la saison de la chasse, de la faim et de la traque.»

     

    C'est d'ailleurs un personnage à part entière qui abrite de sombres secrets. Elle est vivante, bien plus qu'on ne le croit. La manière dont l'auteur aborde certains sujets nous mènent à certains points de réflexion. Dévaster une foret de ses arbres nous fait penser aux sujets de notre société. La déforestation d'une manière générale, le fait que la nature se rebelle, à sa façon. Un parallèle voulu, ou non, peu importe. Il s'agit de la nature, elle-même qui est à l'origine des meilleurs points positifs de notre propre existence. Dans le texte, cette foret nous démontre qu'elle est capable de se défendre et d'agir en conséquences des actes des hommes. Elle ne se laisse pas faire et est prête à tout pour rester indestructible.

     

    Et puis au coeur de cette majestueuse foret, il y a ce personnage, cette faée, cette Dame Hölle, prisonnière. Pourquoi ? Comment ? Que veut-elle ? Les réponses viennent d'elle-même sans qu'on les cherche. Bien que physiquement elle n'est pas là, elle est omniprésente tout au long du texte, enrichissant les pensées de chacun. Que ce soit en bien ou en mal, elle est partout, capable de rappeler à l'ordre des êtres qui sont loin. Dame Hölle est complexe, à la fois forte et fragile. Insouciante ? Non, je n'irai pas jusque-là. Fourbe lui conviendrait mieux, sarcastique, cruelle, dangereuse, manipulatrice. La folie d'une faée ne ressemble à aucune autre folie. Celle de ce personnage est difficile à cerner, jusqu'où est-elle capable d'aller pour assouvir son but ? Et d'ailleurs, quel est son véritable objectif ?

     

    « Alors Liutgarde songea à la liance des rêves. Elle la sentit, à son orteil. Elle imagina sa pierre laiteuse, à l'effigie d'un visage assoupi. Elle en appela à son pouvoir...

    Rien.

    Elle n'obtint aucune aide.

    Rien d'autre qu'un rire, moqueur et cruel.

    Dame Hölle n'avait rien perdu de sa mésaventure.

    La Faëe était comme le froid.

    Elle non plus ne manquait pas d'ironie.  »

     

    Revenons à Rollon et Liutgarde, deux âmes en peine. Deux êtres qui ont besoin de se ressourcer, de se trouver, d'avoir une quête. Est-ce la même ? Seul l'avenir nous le dira. Toujours est-il que leur amour, si fort soit-il sera mis à rude épreuve. Rollon cache énormément de choses à sa dulcinée. Il a découvert Liutgarde en sang, puis l'a soigné, guéri. Elle est tombée amoureuse de lui, sans entraves, sans chaines, un véritable coeur pur. Leurs sombres passés les a réunis, pour le meilleur et pour le pire. Et ce dernier arrive à grand pas. La lutte est féroce, le combat rude et il n'y a aucun équilibre entre les forces du bien et du mal.

     

    Ces forces viennent de partout à la fois. Il y a les compagnons de route, Rénard et Pirine, Muse et Diane, Griche et maître Cernault. Tous ont eu des déboires dans la vie et celle qu'ils sont en train de construire ensemble pourrait être la plus belle. Pourrait, si l'un d'entre eux ne cachait pas sa vraie nature. Chacun à une histoire a raconter, un bout de chemin parcouru qui les mènent là où ils sont. Même si les faées ne sont sensées plus exister, il y a encore des gens qui y croient dur comme fer. C'est peut-être grâce à cette idée que Dame Hölle est toujours en vie, ou tout simplement sa capacité à asservir les esprits même les plus forts.

     

    L'auteur parle de ces écoles de magërie, là où les élèves les plus prometteurs y sont envoyés. De ces autres qui n'ont aucune capacité, mais qui font leur travail, plus ou moins bien. J'en viens au capitaine zozotant un grand maximum, sans S, que des Z, ce qui déroute au départ, pour au final se laisser prendre au jeu. C'est un homme qui n'a pas eu de chance dans la vie, qui a été maudit, jusqu'à sa fille. En parlant d'elle, c'est encore une autre histoire. Elle parait au départ comme le lourdaud de service, celle qui est douée dans les armes, pas belle, une grande gueule, pas attirante et qui préfère se battre aux côtés de son père plutôt que de tenter de se faire courtiser. Pour l'époque choisie, créée, elle détonne complètement. Plus le temps passe, plus nous apprécions ces deux personnages. L'auteur nous montre un instant d'intimité entre eux deux que j'ai trouvé très beau. Un peu de gentillesse, beaucoup de compréhension et d'amour. Contrairement aux fameux couple improbable : Cloud et Poppa qui sont de véritables monstres, le père et la fille nous montre que l'humanité a encore un espoir.

     

    « - Pap... Capitaine, soupira-t-elle.

    - Zans moi, Tristan ou Bertram t'auraient déjà passé la bague au doigt...

    - ... ou un sac sur la tête. À défaut d'être belle, je ne suis pas bête. N'essaie pas de me remonter le moral. Ce n'est la faute de personne.

    La résignation de sa fille le fit souffrir. Son abattement le poignarda. Plus cruellement qu'aucune des lames qui l'avaient blessé en vingt années de service. Or, le Capitaine n'était pas homme à encaisser les coups sans les rendre.»

     

    L'histoire est dense, suivant des hommes et des femmes qui nous montrent bien ce qu'ils désirent. Creuser est un terme que l'auteur aurait pu employer. Creuser sa propre tombe, gratter sous la couche de crasse pour y découvrir un coeur généreux ou au contraire, un véritable fléau. La mägerie doit être pratiqué à deux ? Qu'à cela ne tienne, nous avons des duos à chacun de nos pas. Des secrets bien gardés risquent d'être dévoilés. Qui dit bataille, dit guerre dit morts. L'auteur doit avoir une dent contre certains de ses personnages car il ne s'encombre pas de détails. Pouf et de un, et de deux et ainsi de suite. Le principal reste que nous avons des réponses à nos questions. Pas toutes, cela ne serait pas drôle, mais une fois le mot de fin lu, il n'y a pas ce sentiment d'être incomplet.

     

    D'ailleurs, l'auteur nous offre les mémoires de Maître Jaufré-Simon de Cernault. En quelques mots, il nous complète. Cette quête de savoir est bien trop importante pour un seul homme et bien trop dangereuse pour une seule caravane. L'harmonie du début n'est qu'un vaste brouillard qui est là pour camoufler un univers bien différent des légendes.

     

    En conclusion, moitiés d'âme est un très beau livre autant par le contenu que le contenant. Un roman sombre, une histoire qui ne tourne pas qu'autour de l'amour entre deux êtres, mais sur les promesses, celles faites quand le noir était capable de vous faire perdre la vue. Bien que tragique, la fin reste belle, avec une note d'espoir. Reste à savoir si cela va rester une simple note ou au contraire, une chanson complète.

     

     

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    « La mägerie n'obéit qu'à un seul principe : elle ne peut s'exercer qu'à deux. Liutgarde le sait. Elle a pourtant fui Ortaire, l'époux qui lui avait été imposé, renonçant ainsi à son pouvoir. Exilée au nord des terres, elle serait morte sans l'aide des caravaniers et de Rollon, un mäge à l'esprit torturé. Épris l'un de l'autre, Liutgarde et Rollon se déplacent en roulottes avec leur communauté dans l'hostile forêt de la Sylverëe, ancien royaume des Faëes de l'Hiver. Mais l'équilibre de cette vie en cavale va complètement basculer, les obligeant l'un et l'autre à régler les dettes de leurs vies antérieures. Car dans ce monde tout se sait et tout se paie un jour. Leur pouvoir et leur amour suffiront-ils à les protéger ? »

     

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