• Seule la haine (David Ruiz Martin)

    Seule la haine (David Ruiz Martin)

     Résumé 

     

    « Persuadé que le psychanalyste Larry Barney est responsable du suicide de son frère, Elliot le prend en otage dans son cabinet.
    Sous la menace d'une arme, Larry n'a pas d'autre choix que de laisser l'adolescent de 15 ans lui relater ses derniers mois.
    Mais très vite, c'est l'escalade de l'horreur : Larry est jeté dans un monde qui le dépasse, aux frontières de l'abject et de l'inhumanité. Tandis que les détails scabreux se succèdent, une seule idée l'obsède : celle de s'en sortir, à tout prix…

    Un thriller psychologique qui va vous retourner la tête !!!
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     Ma chronique 

     
    Merci à Joël pour cette nouvelle lecture !
     
     
     
     
    Le résumé en dis largement assez : un thriller psychologique qui va vous retourner la tête ! Et c'est le cas, bien évidemment, sinon je n'aurai pas repris cette phrase. Elliot, 15 ans tient en joue celui qu'il tient pour responsable de la mort de son grand frère Simon, Larry le psy. Seuls dans son cabinet, Larry va devoir écouter et tenter de comprendre ce qui se passe dans la tête d'Elliot qui semble être là pour le tuer. Mais est-ce que c'est vrai ? Veut-il vraiment en finir avec lui qu'il prend pour l'assassin de son frère ? Simon s'est suicidé il y a un peu plus de 6 mois et Elliot ne comprend pas. Il ne sait pas pourquoi son grand frère est passé à l'acte, pourquoi il a laissé derrière lui sa famille. Une balle a tout résolu, mais quoi exactement ? Sans réponse, Elliot se sent démuni. Ce soir, il est là, présent dans le cabinet de Larry. Ce soir il compte en finir avec toute cette souffrance, toute cette haine qui le bouffe littéralement. Elliot est là pour ouvrir les yeux de Larry et l'histoire qu'il va lui raconter sera tout sauf un conte de fées.
     
     
    Elliot est travaillé au centuple. Adolescent mal dans sa peau, il se pose des milliers de questions sur la mort de son grand frère, ce qui est tout à fait normal. Lorsque l'on perd quelqu'un dans ces circonstances la question est le pourquoi ? Pourquoi avoir arrêté sa vie si tôt ? Qu'est-ce qui l'a poussé à appuyer sur la détente ? Cette question le hante depuis des mois, depuis qu'il est rentré en catastrophe suite à plusieurs coups de fils de ses parents sans une seule parole. Ce n'est plus que la mort de son frère qui le hante, c'est tous les manques qui surviennent. Ne plus pouvoir se chamailler avec, ne plus le suivre pour savoir ce qu'il fait, les discussions qu'ils pouvaient avoir. Simon est devenu un fantôme et Elliot ne le supporte plus. Il a besoin de réponses et quoi de mieux que d'aller voir Larry, le psychanalyste de Simon, celui-là même qui l'écoutait, qui connaissait ses problèmes, qui était là pour l'aider à aller mieux. Alors que c'est-il passé pour que l'on passe d'un adolescent sur son vélo à un cercueil ?
     
     
    Nous en sommes là, présents dans ce bureau ou Larry menotté à son bureau va devoir écouter le petit frère afin de tenter de sauver sa vie ou ce qu'il en reste. Nous pourrions imaginer qu'Elliot tourne en boucle, mais non, il avance dans son récit comme un conteur le soir auprès du feu. Il impose sa volonté à cet adulte qui croit si fort en ses diagnostics qu'il n'a pas vu la véritable souffrance devant ses yeux. Les mots s'écoulent librement de la bouche de cet ado qui n'a pas fini. La nuit n'est même pas encore commencé que Larry se pose des questions. Son assistante est partie tranquillement, ne pensant même pas que le rendez-vous dure depuis trop longtemps. Ce n'est que le début, la nuit approche et avec son lot de pensées noires. Les bruits s'étouffent, la lumière éteinte, Elliot est dans son élément : celui d'observer et de chercher à comprendre le pourquoi. Ce n'est plus pourquoi son frère est mort, mais tout ce qui entoure cet arrêt définitif de la vie.
     
     
    LA réflexion nous pousse bien au-delà de la fin d'un adolescent, elle nous pousse à chercher ce que nous faisons par la suite : nous reprenons notre vie. Si c'est un proche, avec plus de difficultés, certes, mais nous la reprendrons, alors si c'est un étranger, en quoi cela devrait nous atteindre, surtout s'il s'est fait sauter la cervelle. Et en plus il ne s'est pas loupé, cela s'est passé dans sa chambre, dans la maison des parents. Les pauvres... Et puis nous oublions vite, nous qui ne sommes pas de la famille, nous qui ne faisons que passer, à quoi bon se poser des questions ? Réfléchir sur la vie, sur la mort, nous y passons tous à un moment donné de notre vie. Et ici, Elliot va nous montrer, nous désigner ce qu'il voit, ce qu'il ressent. Seule la haine est son élément moteur lorsqu'il est dans cette pièce, tenant ce pistolet sans s'arrêter de parler. Ou presque. Nous sommes entraînés quoi que l'on fasse, quoi que l'on dise dans l'enfer de cet ado qui a besoin de réponses et Larry qui ne se rend compte de rien ! Et si la folie n'était pas où nous pourrions le voir ?
     
     
    L'histoire est écrite à la première personne, avec Larry aux commandes de ce récit et il n'a aucune autre commande d'ailleurs. Nous plongeons à ses côtés, écoutant sa peur s'écouler par les pores de sa peau, transperçant sa chemise impeccable. Il ne comprend pas ce qui se passe et les moments de flottements dans lequel il se trouve parce qu'il a peur le bloque dans ses propres pensées. Ce que Elliot lui raconte est une histoire qui donne froid dans le dos. Il raconte comment il a suivi la trace de son frère après sa mort, comment il a poursuivi ses démons en trouvant ceux des autres. En les étudiant de près, en se faufilant derrière chaque pas, surveillant de l'autre côté de la rue, dans un arbre, peu importe. Elliot a une histoire bien ficelée qui va donner des sueurs à notre psy complètement perdu. Plus les mots s'envolent de sa bouche et plus le mal-être devient violent. Les mots ne sont pas les seuls à montrer ce qu'il a vu durant ses mois de filature, des photos sont présentes. Larry est à bout ? De ce qu'il apprend, de ce qu'il voit, de ce qu'il entend ? Question piège, car comment savoir qu'une personne est réellement à bout ?
     
     
    Tout n'est que manipulation, mais qui manipule qui ? Est-ce l'auteur qui se joue du lecteur ? De Elliot ? De Larry ? À moins que ce ne soit tout simplement l'un des personnages qui se joue de tout le monde ? Machiavélique ? Assurément, horrible ? Bien entendu. Il n'y a pas plus horrible que la douleur, la souffrance et cette haine qui ressort partout. C'est cette noirceur qui ne cesse de monter en flèche et qui en s'arrête pas. Pas besoin de beaucoup de descriptions pour certaines scènes qu'Elliot nous donne la primeur, non, juste ce qu'il faut pour imaginer. Et il faut bien admettre que nous sommes comme Larry, a vouloir savoir la vérité tout en vomissant dans les toilettes. Cette idée fixe que nous savons sans avoir besoin de voir ou d'entendre, pour au final vouloir le voir ou l'entendre. L'être humain est malsain d'une manière générale sans pour autant faire du mal. Il y a cette part de nous qui nous entraine. Nous avons la barrière pour ne pas dépasser ou faire des actes répréhensibles, contrairement à certains qui n'ont pas cette barrière. Le moi, le conscient, le surmoi, l'inconscient... Ce qui se passe en nous n'est pas visible, pourtant nous avons parfois des attentes qualifiées de bizarres. Je ne ferais pas de cours sur l'esprit humain ou ce qui fait de nous des êtres humains, il faut juste comprendre que certains de nos actes peuvent porter à confusion pour d'autres.
     
     
    L'histoire d'Elliot ne tire pas de larmes (Je suis insensible, je sais), par contre il montre l'horreur qu'un ou plusieurs êtres sont capables de créer. Larry ne veut pas le croire, ne peut pas le croire, car si c'est vrai, alors oui, il est responsable de certains actes. Jusqu'où pouvons-nous être responsables des actes d'un autre ? Parce que nous n'avons pas vu ? Parce que nous n'avons pas été assez présents ? Et si tout cela n'était qu'une affabulation ? Les certitudes du doc s'effritent, les mots, les images, l'arme, la manière d'être bloqué dans son propre bureau et tout ce qui fait qu'Elliot est au plus mal. Et si c'était vrai ? Comment s'en sortir ? Quels regards auront les autres ? Aaaaaah ce fameux regard qui prend aux tripes la plupart des gens, parce que l'autre à dis que c'était mal, parce que tu dois fermer les yeux sur un acte qui te fais du mal, mais se séparer, c'est montrer aux autres que tout va mal, alors il faut ne rien montrer ? L'apparence, le luxe, la luxure, peu importe, il ne faut pas montrer ce que l'on ressent. Et c'est là que le bât blesse, car un psy, qu'il soit chologue, chiatre ou chanalyste se doit d'écouter correctement et d'aider les autres. Dans ce cas, il doit voir quand cela va mal dans sa propre famille pas vrai ? Il doit voir quand tout va mal autour de lui, que ce soit ses patients ou ses proches, non ? Alors comment se fait-il qu'il n'a pas compris pour Simon ?
     
     
    La tension est à son comble, les trois-quarts du livre se passe dans le bureau et puis il y a l'après. Après cette nuit où Larry et Elliot se sont parlés, ont écouté l'autre jusqu'à l'étouffement. Jusqu'à ce que l'esprit se fragmente et impose sa loi. Les explications, les démonstrations sont intenses, sombres, terribles jusqu'à ce retournement de situation multiple. Qui croire ? Qui a vraiment réussi ce tour de force ? Les personnages sont travaillés jusqu'au moindre détail. Je ne peux en dire plus et je me rends bien compte que ma chronique est plus longue que d'habitude et je n'en suis pas navrée. Il y a beaucoup d'éléments à prendre en compte, d'événements à suivre qui sont plus terribles les uns après les autres. Une montée en escalade de l'horreur, tout en restant très soft dans l'écriture. C'est une immersion totale dans la tête de Larry par son "je" d'écriture et pourtant j'ai eu l'impression d'être dans celle d'Elliot. Un comble, lorsque nous nous rendons compte ce qui se passe réellement.
     
     
    Je ne parlerais pas de bémol, juste d'un détail qui m'a sorti de la lecture. Une fois le huit-clos terminé, une fois les portes du bureau s'ouvre sur l'extérieur, je me suis sentie exposée. c'est probablement l'effet recherché par l'auteur, pour ma part cette impression de ne plus être totalement à leurs côtés, d'avoir perdu une part de cette énergie même négative m'a fait prendre un peu de recul vis-à-vis des personnages, comme si j'avais perdu Elliot et sa souffrance. Les explications sont bien là et je comprends les gestes, sans comprendre cette folie haineuse, mais je comprends le besoin de connaître la vérité. L'auteur est doué pour emmener son monde à l'endroit qu'il veut et si on pense comprendre quelque chose, c'est bien, braves petits, c'est bien ! L'arme n'est pas forcément celle que l'on croit et lorsque nous disons que les mots blessent et qu'un coup de poing est plus facile à oublier qu'une phrase, l'auteur nous le démontre une fois de plus.
     
     
    En conclusion (oui je vous entends dire enfin bande de chenapans !) une histoire qui ne peut pas s'oublier de sitôt. La souffrance d'un frère qui ne comprend pas pourquoi ce geste désespéré et qui va tout faire pour amener à se questionner. L'insuffisance d'un adulte à aider et sa remise en question. C'est bluffant et terrifiant. Les mots sont forts, la noirceur dans laquelle nous plonge l'auteur nous remet en mémoire l'essentiel. À vous de le trouver !
     
     
    Un grand merci à Joël pour cette lecture !
     
     

     Extrait choisi : 

     

     « Ce gosse me trouble. Son comportement, sa manière de parler, à tout réduire au banal, ce ton blasé qu'il use sans arrêt, comme si plus rien ne le surprenait. Comme s'il avait déjà tout vu, tout vécu. Elliot a dû traverser des moments étranges, peut-être atroces, et je commence à craindre ce qu'il est sur le point de me dévoiler.
    "Parle-moi de Simon, Elliot. Comment était votre relation, les derniers mois ?"
    Il prend le temps de m'observer, presque étonné, comme si ma question n'avait pas de sens, comme si elle n'avait pas sa place ici.
    "Comme deux frères, dit-il enfin. On ne pouvait pas se blairer mais on s'appréciait. On se battait souvent, et d'autres trucs. On ne se ressemblait pas, en rien. Lui, était toujours sapé, même à l'école. C'était drôle. Il portait toujours un paletot par-dessus ses chemises à carreaux. Il avait comme un faux air d'étudiant de ces séries américaines et me faisait penser à une sorte d'avocat en début de carrière. Avec son accoutrement, on lui donnait bien cinq ou six ans de plus, alors qu'il n'avait encore qu'un petit duvet à la place de la foutue barbe qu'il attendait tant. Ça lui donnait un style que les filles semblaient apprécier."
    Un instant, Elliot sourit à la remémoration de son frère. Mais bien vite, ses traits s'assombrirent. »

     

    Seule la haine (David Ruiz Martin)

     

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  • Commentaires

    6
    Kimysmile
    Vendredi 11 Juin à 08:11

    Les thématiques ont l'air super intéressantes !

      • Vendredi 11 Juin à 09:43

        Sans compter ce qui se cache derrière cette haine  ;)

    5
    Jeudi 10 Juin à 21:47

    Contente qu'il t'aie plu sur le coup ! Perso pas du tout dans ce que je lis, mais merci de la découverte !

      • Vendredi 11 Juin à 09:42

        Il faut aimer ce type de thriller et là c'était un régal rien qu'avec l'écriture !

    4
    Vampilou
    Jeudi 10 Juin à 16:14
    Ah oui, un sujet très fort et poignant !
      • Jeudi 10 Juin à 16:32

        Oh que oui, c'est un sujet qui est très intéressant et qui montre toute l'envergure de ce qu'un ado est capable de faire :)

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