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Le Respir (Saintclair HJ)

 

Auteur : Saintclair HJ

Éditions : du Chat Noir

Paru le : 23 Aout 2022

116 pages

Thème : Novella gothique

disponible sur le site de l'éditeur, à la FNAC et sur Amazon

En eaux troubles...

Résumé 
 

« Pierre Francillon est un lycéen suicidaire, persuadé d’avoir causé la mort de son professeur de lettres par la simple pensée. Traumatisé, il repousse toutefois l’instant où il mettra fin à ses jours lorsqu’il découvre que son remplaçant ne respire pas : mort et vivant à la fois. Obsédé par cette révélation, il développe une fascination morbide pour ce jeune enseignant. Alors que son entourage tente par tous les moyens de tempérer sa névrose, Pierre débute une enquête sur ce mystérieux personnage. Se construit alors une relation idolâtre avec la mort elle-même, entre attirance maladive et répulsion instinctive. » 

 

 Ma chronique

 

Aujourd'hui, une novella particulière que j'ai énormément apprécié pour pas mal de raisons. Premièrement, il vaut mieux lire le résumé avant de démarrer la lecture de cette centaine de pages pour savoir où nous mettons les pieds sinon vous risquez de vous perdre par moment. Je démarre par cette couverture qui est splendide (déjà j'adore le vert) et puis tout ce qu'elle peut représenter. Les liens qui nous entravent entre la vie et la mort, le fil est parfois si ténu qu'il est difficile de savoir si nous respirons par habitude ou pour rester dans l'un ou l'autre monde. Ce fameux souffle qui nous manque parfois lors de moments plus complexe. Le mal-être qui fait pencher la balance du côté obscur (et non pas de la force) de part les idées profondément ancrées qui nous tenaillent. L'étrangeté de la situation que nous allons découvrir et bien d'autre encore.

Ici, le récit est gothique où le spleen fait naviguer en eaux troubles. Réalité ou fantasmes ? C'est le doute qui s'installe surtout avec le final. Qu'est-ce qui se passe réellement dans l'esprit de Pierre ? Pourquoi est-il aussi pris dans ce qu'il pense être ce qu'il vit ? Est-ce que son amie Claire serait dans la vérité ou au contraire ne voit-elle rien ? Tous deux sont meilleurs amis et complémentaires. Si elle aime tout ce qui s'approche du gothique, comme visiter les cimetières la nuit, faire des rituels bizarre (là je dois dire que la scène est particulière comme le monde crée.
Les mots virevoltent dans l’air pour se poser avec délicatesse sur nos yeux, désirant en avoir encore. Un récit digne de l’époque de Baudelaire. La plume est riche, fournie, puissante, vibrante et criante de vérités qui font mal. Une atmosphère gothique par de nombreux points, telle la visite régulière de cimetières, catacombes et autres lieux dont l’âme de Pierre et de sa meilleure amie Claire nous font découvrir.

Pierre croit avoir tué son professeur en l’indiquant la veille sans y penser. Lorsque son remplaçant se présente, son cœur rate un battement. Ce dernier est un mort-vivant dans l’esprit du jeune homme. Incompréhension car il semble être le seul à s'en rendre compte et lorsqu'il en parle à sa meilleure amie, elle tente de lui faire entendre raison. Il va s’ensuivre un cheminement impressionnant de son côté entraînant sur des chemins complexes de la conscience. Fantasmes et névroses, amour et mort, tout est lié. Le surnaturel s’installe et nous déroute par le mystère autour du fameux « respir ». La recherche du pourquoi, le livre qui les hante et surtout Pierre, les emprunts, les découvertes, et ces moments où nous sommes perdus pour mieux retrouver un semblant de lucidité qui effraie. Claire est une amie attachante qui a la tête sur les épaules, malheureusement elle va tomber malade et ne pas pouvoir être présente pour lui comme avant ne sera pas bénéfique.

Ce n'est pas une lecture pour tout le monde certes, mais la plume est entrainante et permet de nous poser des questions. La famille de Pierre semble terriblement à côté de leurs chaussures ne voyant pas que leur fils est mal. En même temps lorsque l'on voit comment cela se passe pour la mère et le père qui doit tout prendre sur ses épaules... Je ne jette rien à quiconque, rien n'est jamais simple même si le bonheur de notre enfant devrait passer en priorité (ce n'est que mon avis de maman bien entendu). La "relation" que Pierre aura avec son professeur M. Aubespin va lui donner cette envie d'en savoir plus sur le "respir". je n'en dit pas plus, car il faut découvrir, suivre et comprendre ce que c'est, sans compter que la psychologie humaine est mise en avant. C'est sombre et triste, mélancolique à souhait. (Il vaut mieux être dans de bonnes conditions pour le lire) t c'est également porteur d'espoir même si certains faits sont plongés dans la noirceur.

Un état d'esprit complexe, tel celui des humains d'une manière générale avec ce petit plus ou ce manque, qu'importe les explications qui peuvent conduire à cet état. Rien n'est évident si ce n'est pour celui qui est à l'extérieur et qui ne fait que se moquer. Être mal dans sa peau, ne pas réussir à surmonter cette fascination pour la mort, respirer parce que ses poumons le lui ordonnent, respirer parce que c'est ainsi que le corps humain continue d'avancer, mais s'il y avait un autre moyen ? C'est triste certes, mais cela démontre que le regard des autres est important dans ces conditions, parce que si la malveillance sera toujours au rendez-vous, l'amitié, la bienveillance, la compassion et la recherche du pourquoi l'est tout autant.

En conclusion ? Un monde réel, une mélancolie dans la façon de l'écrire et dans le récit. Une magnifique plume riche. Pierre a besoin d'ancre dans son monde et lorsqu'il la perd, il se laisse entrainer plus profondément encore. Est-ce que cela finit bien ? Peut-être, peut-être pas, tout dépend du point de vue dans lequel nous sommes. J’ai passé un excellent moment de lecture, totalement en apnée. Êtes-vous prêt à vous couper le souffle ?

 

 Extrait choisi :   

 

« Il a le pied posé sur le mur et la tête tournée vers la première fenêtre. Le jour dissimule sa pâleur maladive et lui embrasse le cou. Les bras toujours croisés, il scrute un point inexistant mais égarant.
Le voilà tel que je le vois : la poitrine muette. Pas un mouvement ! Une apnée réflexive. Or, voilà que ses pensées s'attardent, et sa poitrine reste immobile. Les minutes passent. Mon travail s'épuise de futilité, mais mon cœur avale et recrache un sang brûlant, tant il bat fort pour sa poitrine. Sa respiration m'obsède, ou plutôt l'absence de sa respiration. Je voudrais voir ses narines se dilater, je voudrais voir de la condensation se former sur la fenêtre qui lui rend son regard. Je voudrais voir s'ouvrir ses lèvres sur un soupir.
Rien.
M. Aubespin, mon professeur de français, ne respire pas.
Comme Lazare à la sortie du tombeau, il est vivant et mort à la fois.
Ma bouche dessine sans bruit: mort-vivant.
Littéralement.
Et comme s'il avait entendu, sans détourner la tête, il pose ses yeux gris sur moi.
La poitrine, toujours muette. »

 

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