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Reboot (Célia Ibanez)

 

 

 Résumé 

«  Je ne suis pas comme eux. S'ils le découvrent, ils me tueront !

Je suis né homme dans un monde d'hermaphrodites. J'ai grandi au sein d'un établissement aux règles strictes spécialisé dans la normalisation des impurs comme moi.
Je vais devoir m'adapter pour survivre... et découvrir les secrets les plus inimaginables ! »

 

 Ma chronique

 

Un peu de science-fiction ? C'est par ici, avec ce livre lu en septembre et je remercie l'auteure ainsi que la maison d'édition pour cet envoi. Il est vrai que je ne pense pas que je me serais arrêtée à la couverture (le rose et moi, cela fait deux, trois voire plus), mais j'aurai franchement raté quelque chose de vraiment intéressant. Et puis en regardant de plus près, ce n'est pas tout à fait rose et le "stylet" m'interpelle plus que le contour. Un résumé qui donne déjà le ton : un "Homme", pas né comme il faut, considéré comme impur dans une société où seuls les hermaphrodites sont considérés. Vivant dans une "prison" avec d'autres êtres qui sont soit hommes, soit femmes, nous allons suivre les périples de Snif, celui qui va devoir apprendre à survivre dès que cette fameuse maison d'hôtes va disparaître. Ceux qui ne sont pas comme les autres vont devoir se retrouver ailleurs, enfin, s'ils restent en vie, Plus rien n'est sur du départ de ce récit et l'aventure ne fait que démarrer.

Un langage que l'auteure a inventé pour certains éléments, comme les jours, les dates, les heures, les mois. C'est une fois arrivée à la fin que je suis tombée sur le glossaire, pas de bol pour moi, mdr, mais j'avais fait à ma sauce. C'était approchant et cela ne m'a dérangé qu'au début, le temps de me dire de ne pas chercher à savoir exactement c'est quoi le mot, si cela devenait des minutes ou non. Bref, un vocabulaire particulier qui va bien avec le style de l'histoire et des prénoms... Je dis souvent que les parents trouvent des prénoms vraiment pas top, pour le coup ceux qui sont dans ce livre sont du même acabit et ils font rire. Pardon de m'être moqué de vous petits personnages, mais vous ne viendrez pas me sauter dessus. Pas vrai ? Donc parlons de la vie de Snif... Plusieurs années vont défiler dans ce tome. Du départ il est tout juste adulte et prend conscience que ses pensées devraient se maîtriser un peu plus, car le gouvernement entend tout !

Le monde que nous dépeint Célia ressemble terriblement au nôtre, si ce n'est que tout est inversé. Les considérés comme dégradants sont au pouvoir et ont accès à tout. Une justice ? Ni dans notre monde ni dans le leur, pourtant une poignée voudrait tellement que tout soit équitable. Un roman qui nous montre comment les déboires, les travers et autres mots du même acabit peuvent plonger une société dans une telle sévérité. Vive les mensonges ! Rien de tel qu'un bon mensonge pour ensevelir, travestir une vérité qui faisait peur. Bidouiller, trafiquer, faire en sorte que chaque vision devienne unique, que nul ne puisse penser comme il le désire, contrôler chaque flux, CONTRÔLER TOUT ! Snif est un homme comme ceux qui vont tenter de vivre, de survivre dans une dystopie au passage. Chaque caste, chaque niveau a un droit (en plus de celui de se la fermer) être au bon endroit. Et lorsque je parle de bon endroit, je parle du travail. N'imaginez pas que n'importe qui peut soigner ou vendre, Ô que non. Vous êtes nés dans la fange ? Vous avez le droit de ne pas refuser le ramassage des déchets humains (pour ne pas utiliser d'autres termes comme les toilettes en plus trash) afin de les donner comme fertilisants. 

Eh oui, messieurs dames, vous êtes tombés dans une vision du monde qui pourrait nous tomber dessus. Même la dictature aurait meilleure allure, parce qu'au moins nous saurions pourquoi nous ne pouvons pas penser ce que nous voulons. Je m'acharne sur les pensées, tout simplement parce que l'auteure nous embarque dans les siennes et celles des personnages. Des flux entiers qui sont vérifiés, entendus, contrôlés par le gouvernement ou ceux qui travaillent pour eux. Peu importe, il faut être conditionnés. Ce fameux conditionnement qui nous rend moins humains, avec moins de sentiments et d'émotions. Nous comprenons que l'égoïsme prend forme, l'individualisme par moment, mais surtout un groupe. Alors non, pas un groupe uni, faut pas rêver, mais un groupe qui n'aurait qu'une pensée, un seul individu formé par une masse grouillante de personnages qui ne peut être réellement présent. Suivre le pas et se taire, ou diverger et mourir.

Les différences sont une force, c'est ce que je m'efforce de faire comprendre à mes élèves (et mon fils l'a bien compris lui). Pour autant notre monde devient une société où la différence est montrée du doigt et c'est exactement de ce doigt pointeur que Snif a tant peur. Et ce avec conviction, surtout lorsque l'on voit comment sont traités les "différents". Les personnages ont juste oublié qu'un moule c'est bien pour un gâteau, mais parfois il déborde et il est aussi bon, voire meilleur. Bref, les pas de Snif au départ sont chaotiques, fuite avec des amis, esprit de contradiction, embarquement d'ennemis et puis le drame : se retrouver quasiment seul dans un monde hostile. Fuir encore et tomber sur une Crevette qui a également tout perdue pour être obligés de se camoufler. Ressembler aux autres pour rester en vie, avoir sans cesse peur du regard des autres, des questions qu'ils pourraient se poser et surtout faire attention à ses pensées qui pourraient les trahir... Tout n'est plus que question de survie, ce qu'il faut faire pour être considéré comme les autres, pour avoir le droit de respirer le peu d'oxygène qui traîne dans l'air, avoir le droit d'être dans un groupe et de pouvoir être soi-même. Mais tout à un prix, celui de l'apparence, celui du jugement, celui des frais et remboursements à rendre.


Le prix est élevé, parfois, voire souvent. Snif n'est pas seul, pour autant il est un solitaire, ayant des œillères. La peur lui dicte sa conduite à tenir et Crevette le force un peu. Les années passent, les chemins convergent, se séparent, les regrets sont toujours présents. Qui aurait réussi à vivre ainsi avec autant sur sa conscience ? Qui aurait réussi à survivre en étant obligé de faire ce qu'il a dû faire ? Snif est l'un des personnages que nous voyons le plus, ses échanges avec les autres le montre sous toutes ses formes, sous de nombreuses facettes. Peureux oui, mais entier, intrigué sur tout et par tout. Quelques révélations tombent un peu trop d'un coup vers la fin, un peu trop de bouleversements dans le même temps, pourtant nous savions qu'il y avait des choses qui ne tournaient ni rond ni carré. Il est vrai que certains passages sont un peu difficiles à comprendre (surtout lors de certains sauts dans le temps), mais on revient vite dans le texte. C'est une aventure qui défile et qui nous fait nous poser de nombreuses questions sur ce qui nous entoure, sur notre propre conscience, nos actes, nos faits et gestes, nos pensées.

Est-ce que tous sont solidaires ? Que nenni ! Et encore plus dans les castes, quoique les indésirables sont pas mal dans leur façon de faire. Vous l'avez compris, trahison à foison et c'est qu'un début. Outre les thèmes de la différence et le regard des autres, le racisme même, nous avons les quêtes d'identité qui sont prenantes. Être né sous X est monnaie courante, même si ce n'est pas les termes utilisés entre ces pages. 
D'ailleurs, vous trouverez des illustrations qui vont avec le texte et une playlist pour ceux qui en sont friands. De nombreuses intrigues font leur apparition, tout comme des énigmes à résoudre. Un livre complet en somme qui donne matière à réflexion. Des chapitres pas trop longs permettant de faire une pause entre deux phénomènes importants, la plume de l'auteure est fluide. Et la fin qui nous ouvre une sacrée porte. Une suite serait vraiment pas mal, parce que nous laissez ainsi, même si j'ai beaucoup d'imagination c'est cruel, mouahahah. 

En conclusion, une intrigue qui fait réfléchir sur notre condition humaine. Il suffit de peu pour que tout bascule, des idées préconçues qui prennent forme et des mots qui s'ancrent dans les esprits. La science-fiction est utilisée pour pas mal de choses, je garderai en mémoire cette intrusion dans les pensées qui est plus qu'invasive, mais il y a pas mal d'événements liés. L'aventure est complexe, avec des personnages mesquins et d'autres plus compréhensifs, des rebondissements, des secrets qui se dévoilent, de la trahison bien entendu, des liens qui  se resserrent et une prophétie, qu'on pourrait nommer ainsi, sur un devenir incertain du monde. Alors, qui est prêt à plonger au cœur d'une machination plus grande que le monde ?
 

 Extrait choisi :   

 

« "Pas une personne, une cible", ai-je mentalement corrigé pour me libérer de tout sentiment de culpabilité. J'étais comme un puceau fébrile, impatient et anxieux à l'idée de ne pas y arriver. Je n'avais jamais ôté la vie de qui que ce soit. Même quand j'étais brimeur. Je ne faisais que dealer de la drogue et, de temps en temps, je châtiais les mauvais payeurs. Tuer s'avère une affaire plus compliquée. Du moins, au début... Cette appréhension et mon manque de discernement ont donc failli mettre un terme à ma carrière de liquidateur prématurément. »

 

 

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