/image%2F0651920%2F20251011%2Fob_2c16a1_img-20251011-165130.jpg)
Auteur : Célia Ibanez
Éditions : Portejoie
Parution le : 23 Mai 2024
408 pages
Thème : Science-fiction
disponible sur le site de l'éditeur
Traquer ou être traquer, telle est l'une des questions !
« Je ne suis pas comme eux. S'ils le découvrent, ils me tueront !
Je suis né homme dans un monde d'hermaphrodites. J'ai grandi au sein d'un établissement aux règles strictes spécialisé dans la normalisation des impurs comme moi.
Je vais devoir m'adapter pour survivre... et découvrir les secrets les plus inimaginables ! »
Un langage que l'auteure a inventé pour certains éléments, comme les jours, les dates, les heures, les mois. C'est une fois arrivée à la fin que je suis tombée sur le glossaire, pas de bol pour moi, mdr, mais j'avais fait à ma sauce. C'était approchant et cela ne m'a dérangé qu'au début, le temps de me dire de ne pas chercher à savoir exactement c'est quoi le mot, si cela devenait des minutes ou non. Bref, un vocabulaire particulier qui va bien avec le style de l'histoire et des prénoms... Je dis souvent que les parents trouvent des prénoms vraiment pas top, pour le coup ceux qui sont dans ce livre sont du même acabit et ils font rire. Pardon de m'être moqué de vous petits personnages, mais vous ne viendrez pas me sauter dessus. Pas vrai ? Donc parlons de la vie de Snif... Plusieurs années vont défiler dans ce tome. Du départ il est tout juste adulte et prend conscience que ses pensées devraient se maîtriser un peu plus, car le gouvernement entend tout !
.
Les différences sont une force, c'est ce que je m'efforce de faire comprendre à mes élèves (et mon fils l'a bien compris lui). Pour autant notre monde devient une société où la différence est montrée du doigt et c'est exactement de ce doigt pointeur que Snif a tant peur. Et ce avec conviction, surtout lorsque l'on voit comment sont traités les "différents". Les personnages ont juste oublié qu'un moule c'est bien pour un gâteau, mais parfois il déborde et il est aussi bon, voire meilleur. Bref, les pas de Snif au départ sont chaotiques, fuite avec des amis, esprit de contradiction, embarquement d'ennemis et puis le drame : se retrouver quasiment seul dans un monde hostile. Fuir encore et tomber sur une Crevette qui a également tout perdue pour être obligés de se camoufler. Ressembler aux autres pour rester en vie, avoir sans cesse peur du regard des autres, des questions qu'ils pourraient se poser et surtout faire attention à ses pensées qui pourraient les trahir... Tout n'est plus que question de survie, ce qu'il faut faire pour être considéré comme les autres, pour avoir le droit de respirer le peu d'oxygène qui traîne dans l'air, avoir le droit d'être dans un groupe et de pouvoir être soi-même. Mais tout à un prix, celui de l'apparence, celui du jugement, celui des frais et remboursements à rendre.
Snif n'est pas seul, pour autant il est un solitaire, ayant des œillères. La peur lui dicte sa conduite à tenir et Crevette le force un peu. Les années passent, les chemins convergent, se séparent, les regrets sont toujours présents. Qui aurait réussi à vivre ainsi avec autant sur sa conscience ? Qui aurait réussi à survivre en étant obligé de faire ce qu'il a dû faire ? Snif est l'un des personnages que nous voyons le plus, ses échanges avec les autres le montre sous toutes ses formes, sous de nombreuses facettes. Peureux oui, mais entier, intrigué sur tout et par tout. Quelques révélations tombent un peu trop d'un coup vers la fin, un peu trop de bouleversements dans le même temps, pourtant nous savions qu'il y avait des choses qui ne tournaient ni rond ni carré. Il est vrai que certains passages sont un peu difficiles à comprendre (surtout lors de certains sauts dans le temps), mais on revient vite dans le texte. C'est une aventure qui défile et qui nous fait nous poser de nombreuses questions sur ce qui nous entoure, sur notre propre conscience, nos actes, nos faits et gestes, nos pensées.
Est-ce que tous sont solidaires ? Que nenni ! Et encore plus dans les castes, quoique les indésirables sont pas mal dans leur façon de faire. Vous l'avez compris, trahison à foison et c'est qu'un début. Outre les thèmes de la différence et le regard des autres, le racisme même, nous avons les quêtes d'identité qui sont prenantes. Être né sous X est monnaie courante, même si ce n'est pas les termes utilisés entre ces pages. D'ailleurs, vous trouverez des illustrations qui vont avec le texte et une playlist pour ceux qui en sont friands. De nombreuses intrigues font leur apparition, tout comme des énigmes à résoudre. Un livre complet en somme qui donne matière à réflexion. Des chapitres pas trop longs permettant de faire une pause entre deux phénomènes importants, la plume de l'auteure est fluide. Et la fin qui nous ouvre une sacrée porte. Une suite serait vraiment pas mal, parce que nous laissez ainsi, même si j'ai beaucoup d'imagination c'est cruel, mouahahah.
« "Pas une personne, une cible", ai-je mentalement corrigé pour me libérer de tout sentiment de culpabilité. J'étais comme un puceau fébrile, impatient et anxieux à l'idée de ne pas y arriver. Je n'avais jamais ôté la vie de qui que ce soit. Même quand j'étais brimeur. Je ne faisais que dealer de la drogue et, de temps en temps, je châtiais les mauvais payeurs. Tuer s'avère une affaire plus compliquée. Du moins, au début... Cette appréhension et mon manque de discernement ont donc failli mettre un terme à ma carrière de liquidateur prématurément. »
