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Les gardiens du cycle (Achille Esqueril)

 
« La famille, c’est dangereux.
La Société du Cycle a renoncé au métal et à l’électricité. Pour survivre sans technologie face à un climat intraitable, elle exige l’unité absolue du groupe. Chaque année, les villages sont recomposés de force. L’amitié est brève, l’amour une déviance. Les enfants s’attachent comme ils peuvent à leurs parents de l’année.
Almille est décriée pour son appétit indécent de sentiments. Mais elle tombe amoureuse. C’est fort, c’est inarrêtable. Et Almille est curieuse. Malgré le tabou, elle cherche à comprendre l’origine des enfants.
Comment cette jeune femme qui questionne toutes les règles va-t-elle évoluer face à la tyrannie ? Sa connivence avec le Ciel est-elle réelle ? Va-t-elle parvenir à créer un espace pour vivre l’amour, sous toutes ses formes ?
L’épopée d’une rebelle dans une dystopie primitive pour explorer le sens du lien humain. Une intrigue à rebondissements qui se déconstruit et se reconstruit comme un labyrinthe d’Escher, quelque part entre La servante écarlate et Les enfants de la terre. Un tourbillon addictif qui nous happe et nous hante. 
»
 

 Ma chronique

 

J'ai eu l'opportunité de découvrir ce titre par le biais de l'auteur, que je remercie vivement. j'avais vu passer un avis et la couverture m'intriguait, tout comme le récit. Et je dois dire que j'ai mis du temps à m'en remettre. L'histoire d'Almille est douloureuse, mais pour mieux l'appréhender, il faut revenir au commencement. Une civilisation où l'électricité n'existe plus, où le métal a été banni et tout cela depuis des décennies, sans compter sur les liens qui ont été radié. Terminé la famille comme nous la connaissons,  terminés les liens amoureux, les frères, les sœurs, les parents, la famille, les amis. Tout a été dépecés, radiés, éliminés pour ne vivre que sur une base qui serait pus saine :: à savoir AUCUN ATTACHEMENT possible, sinon c'est que vous êtes une anomalie. Parce que les sentiments, les émotions, le fait de vouloir quelque chose pour soi, n'est pas sain : La Société a changé, la Société est devenue autre et cette Société gouvernée par ces Autres, ont réussi un sacré tour de force.

La rebattue, ce moment où tous les ans chaque "villageois" doit partir d'un endroit considéré comme chez lui pour une année et atterrir ailleurs, pour une année. Une cérémonie de sortie et d'entrée, des hommes, des femmes, des enfants qui sont obligés de suivre le mouvement, de prendre ce qu'ils peuvent sur leur dos et partir, ensemble. Nous suivons Almille avec son baluchon dans un parcours difficile où nous apprenons déjà que la nature humaine est véritablement en-dessous de tout. Ils sont tous conditionnés, tous pensent qu'il faut faire ainsi, qu'il faut suivre les vigilants, les veilleurs et bien d'autres encore. Des castes, des personnages importants dans ces situations qui ont décidés il y a longtemps du bien commun. Je ne peux en dire plus, tout ce que je peux vous dire ici, c'est que à un moment donné il s'est produit quelque chose qui a déraillé. Sinon ce n'est pas possible. Un jour, j'ai entendu qu'on ne pouvait pas devenir ainsi en une seule vie, il en fallait plusieurs. Avec les gardiens du cycle, nous comprenons que ce qui a été mis en marche ne date pas d'hier et ce qui se développe prend un chemin qui ne s’accomplira pas en un claquement de doigts.

Pour Almille, être sur le droit chemin devient problématique. Elle qui se pose des questions sur certains sujets, se voit le matin de cette rebattue d'autres questionnements par un homme. Des sujets vastes, le pourquoi toujours bouger, pourquoi être obligé de changer de partenaires et ne pas s'en contenter d'un, d'où viennent les enfants, pourquoi la violence, les éclairs et tout ce qu'on leur a déjà bourré le crâne ? Les souvenirs ne restent pas en place, elle ne se rappelle pas de son enfance avant d'entrer dans son premier "village". Sa curiosité lui vaut des moments difficiles et lorsqu'elle retrouve un autre jeune homme qu'elle a déjà connu avant, sa situation sera pire, car ils ne veulent pas se mêler aux autres. Hors, ils n'ont pas le droit. LE droit d'aimer, le droit d'être exclusifs, le droit tout court de ne pas suivre les préceptes. Son indépendance, sa volonté de savoir vont leur porter défaut. Les ennuis du début ne sont rien en comparaison de tout ce qu'elle va subir tout au long de sa vie. Ô elle va en apprendre plus et nous aussi sur ce monde qui a mis du temps a être crée ainsi : sans libre arbitre, sans choix, avec juste le droit d'avancer et de se taire.

Une aventure, une dystopie qui va bien plus loin que des castes, des personnages bloqués et une fausse idéologie. L'auteur nous démontre comment un mouvement de foule est balancé dans un sens ou l'autre sans que quiconque ne semble vraiment vouloir en sortir. Des sentiers battus ? Cela fait peur et sur l'un des sites où nous suivons Almille, nous comprenons que les personnages vivent dans la peur. D'accord, ils ont apparemment une vie plus belle, mais en grattant d'un ongle la couche de sourire, tout n'est que faux semblants. Et oui, la peur est là, tout comme la violence et ce qui va avec. Rien n'est simple dans une monde où les ancêtres dominent, les femmes, les enfants et les plus en bas de l'échelle vivent avec le regard perpétuel derrière soi. Au début je me suis posée des questions, sur le mais il nous emmène où l'auteur ? OK, c'est original, c'est à la fois glauque (surtout la façon dont certains sont tués, par la Nature ou autres), une partie de ce que nous connaissons a disparu, les gens tournent dans les villages pour ne pas dire autre chose comme des hameaux de grotte... Et puis c'est arrivé, le déclic. Tout est fort, tout est violent, tout n'est que questionnement. 

Et ce questionnement n'est pas sans conséquences. Faut-il être un mouton qui suit le troupeau qui va à l'abattoir et ainsi garder ses œillères, ou bien vivre sans contraintes ? Chacun a le droit d'avoir et de ressentir ou non, des émotions, de choisir sa vie, de se poser des questions, c'est la liberté, pas vrai ? Forcément, le livre n'est pas petit, il n'y a pas que sur ces questions que le monde tourne, celui de la maternité est un sujet important aussi. Le mélange devient glauque par moment, certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des plus sensibles. Beaucoup de psychologies dans ce récit qui ne suit pas que Almille. D'autres personnages ont leur propre chemin a faire, Omüj, Thaor, Joor, Orphène, Sollon et ce n'est pas une liste exhaustive. Certains vont voir leur vie longue, d'autres non. Certains seront heureux et d'autres en perpétuelles recherches de ce bonheur. Et puis nous avons ceux qui tentent de faire bouger les choses depuis un moment, qui laisse des idées, des mots, des pensées, des regards, des rencontres...

Une infinité de possibilités sur comment tout cela va se terminer. Almille n'est pas facile et son caractère remet en question celui des autres. qui est trop lisse, qui est trop acharné ? Lorsque nous avons une question en tête, il est difficile de nous l'enlever sans réussir à avoir la réponse, pas vrai ? Alors au final, son cerveau fonctionne, même si certains faits sont douloureux. Elle qui n'avait rien semble être en perte perpétuelle de tout ce qui peut s'approcher à du bonheur. Nous la suivons avec assiduité, mais ce n'est pas la seule qui fait des sacrifices, qui perd quelque chose, qui ne voit pas la lumière se lever le lendemain, ou qui va devoir se battre jusqu'au bout, pour les générations à venir. Almille n'est pas la seule dans ce cas, nous allons l'apprendre et une révolution va se mettre en marche. La fin n'est en soi pas réellement laissée à l'imagination du lecteur. Nous avons un nouveau récit, un de ceux qui nous ouvre les yeux plus grands et là nous prenons conscience de l'immense machination. D'ailleurs, les rebondissements sont bien présents, régulièrement, ce qui nous fait nous poser encore des questions.

Un rythme soutenu, des épreuves terribles, un monde qui n'est pas linéaire mais déviants parce que nous ne connaissons pas ce monde. Je l'ai déjà indiqué, mais certaines scènes sont glauques, cela ne sera pas pour tout le monde. Le sang coule régulièrement, les scènes pour remettre les personnages dans le droit chemins sont violentes. Dans un monde où les sentiments ne doivent pas exister, où poser des questions peut vous faire tuer, nous suivons des personnages qui ne se laisseront pas faire jusqu’à leur dernier souffle. Pourquoi faire comme tout le monde ? Pourquoi être comme tout le monde ? Celui qui ne rentre pas dans le moule ne reste pas longtemps en vie. Une petite comparaison entre les animaux et les humains et faite à un moment donné. La Nature semble s'être bien mieux adaptés qu'eux.

En conclusion ? Un récit sur la nature humaine avec ses lois, ses déviations, ses émotions, ses interdits. Une dystopie où le lien entre les humains est mis en avant. Une histoire qui ne laisse pas indifférent sur l'un des nombreux sujets mis en évidence. La liberté, les choix, les désirs, le fait d'être au-dessus des lois... Une véritable quête sur des sujets tabous tels que les enfants viennent des éclairs ? Ce fameux labyrinthe, ce serpent qui se mord la queue, réussir à embrigader autant de personnes pour obtenir ce type de monde. Tout n'est que question de patience et violence, trahisons et punition... Le libre arbitre... Lorsque vous comprenez vraiment ce que vous avez entre les mains, les gardiens du cycle prend tout son sens. L'éternel recommencement qui n'est pas sans faille, la preuve ? Avec cette faille spatio-temporelle que je n'avais pas vu venir.

 

 Extrait choisi :   

 

« - ... L'humanité était réduite à un millième. Les gens, désorganisés, hagards, retournaient à l'état de bêtes. Et le Ciel continuait de châtier l'arrogance de ceux qui avaient voulu transformer la nature à leur avantage.

Le narrateur prit une inspiration. Les spectateurs, suspendus à son discours de terreur, s'imaginaient seuls dans la famine et le froid à guerroyer sans fin avec leurs semblables, s'imprégnant de haine et de sang. L'acteur aux éclairs s'acharnait à battre les tas de métallectron pour les anéantir. »
 

 

 

 

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