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Emazora, tome 1 : L'esprit à la couronne fleurie (Claire Ivacci)

  Auteur : Claire Ivacci

670 pages

Thème : Fantasy/Romantasy

disponible sur le site de l'éditeur, à la FNAC et sur Amazon

Fait partie de la trilogie Emazora

 

Résumé 

« Dans un Japon où la frontière entre le spirituel et le terrestre est mince, Hanaé est un esprit mineur, au service des dieux du Palais de la Mémoire, où elle se plaît à archiver les souvenirs des humains au sein du Mokuzaï, l’immense bibliothèque de son royaume. Mais lorsqu’un drame énigmatique ébranle ce dernier, elle se trouve subitement élevée à un statut divin et se voit assigner une lourde tâche dans un monde qui n’est pas le sien et qu’elle n’a vu qu’à travers des souvenirs. Tout son quotidien bascule quand elle est forcée d’emprunter une identité factice pour rejoindre la dimension humaine, au cœur d’un empire qu’elle découvre pavé d’obstacles et peuplé de cœurs cupides... 
Yuudai est le meilleur Chasseur de son clan. Impitoyable et talentueux, il passe son temps à traquer les créatures extraordinaires et spirituelles en tout genre, avant de vendre leurs atouts et reliques magiques aux commerçants du marché des Ombres. En plus de faire partie de cette élite de la nation, tous lui prédisent la future place de chef, qui lui offrirait la reconnaissance et la liberté dont il a toujours rêvé. Alors, le jour où il est témoin de la puissance évidente d’un mystérieux esprit cervidé qui arpente Kyoto, Yuudai n’a plus qu’une seule idée en tête : le capturer à tout prix. » 

 

 Ma chronique

 

C'est une beauté aussi bien à regarder qu'à lire ! Ou plutôt découvrir ce qui se cache derrière cette sublime créature pardon couverture. Un beau bébé de presque 700 pages qui va vous en mettre plein la vue. Entre la plume poétique et le récit qui est composé d'un nombre incalculable de thèmes forts, difficile de ne pas avoir de coup de cœur pour ce premier tome. Hanaé est un esprit comme tant d'autres, chargé de garder les souvenirs des humains. Dans son royaume composé de plusieurs lieux, ces souvenirs sont ce qu'ils restent de nous, les êtres humains lorsque nous devenons autre chose. Et comme l'indique le résumé, une disparition de l'un d'entre eux va la propulser dans notre monde. Elle qui a perdu ses propres souvenirs se retrouvent entourée d'odeurs, de sensations, de contacts qu'elle n'avait plus. En parallèle, Yuudaï est un chasseur expert dans son domaine, faisant partie d'un clan à plus forte raison de protéger sa sœur qui a déjà souffert. Lorsque l'empereur Razan que nous voyons peu implante une idée fixe dans les clans de traque d'esprits, c'est l'équilibre déjà vacillant entre les esprits, les Dieux et les humains qui est menacé.  Un équilibre entre la Nature et les Hommes, entre les Croyances et les utilisations peu commune des proies qui risque de tout faire basculer.

Je dois admettre que j'ai eu un peu de mal au début. N'étant pas une adepte de ce type de croyances, j'étais quelque peu perdue. Cela n'a duré qu'un bref instant, suivre Hanaé dans ses doutes, dans ses questionnements et sa façon d'être est à la fois reposant et rempli d'apprentissage. Tel un enfant qui vient de naître, son regard est neuf, naïf et adorateur de ce que les autres peuvent voir. Ô bien entendu, les rencontres qu'elle fera afin de trouver une place qui lui est dû sans qu'elle n'en prenne conscience, tout comme le fait qu'elle doit jouer un double jeu voire plus, la contraint grandement. Mais nous la suivons avec ce regard neuf sur des lieux quasi magiques, des civilisations peu connue qui me donne envie de voyager. Grâce à Phailin et Nobu son jumeau, ainsi que Lowik elle va évoluer et prendre conscience de ce qui se passe vraiment et des combats qu'il faut mener. De son côté, Yuudaï  est un solitaire, mais il va devoir devenir chef d'équipe. Entouré de Jun, Eizo et Nori (sans oublier sa sœur Rina) son devoir de guerrier, de chasseur et bien plus encore lui tient à cœur, mais à quel prix ? De nombreux combats physiques et spirituels, des trahisons, de la manipulation, de l'entraide, de la découverte, nous ne manquons de rien !

Côté personnages, l'auteure nous met deux "camps" opposés, les protecteurs et les chasseurs, je ne pas dans les détails, elle le fait très bien. Des hommes et des femmes qui sont voués à leur propre mission, pensant que ce qu'ils font est le Bien. Ont-ils raison ou tort ? Seuls les actes parlent d'eux-mêmes et je ne prendrais part à aucun camp. Chacun a sa vie, son passé construit ou déconstruit comme nous l'apprenons plus en profondeur pour Yuudaï, par exemple. Le fait d'avoir un œil nouveau apporte un souffle à chacun d'entre eux d'une certaine manière et lorsque l'un des secrets de Hanaé est découvert les questionnement vont bon train. Mais auparavant, nous avons ce sentiment de béatitude de toucher quelque chose de plus grand, de plus beau que n'importe quel acte. Tout est remis en question ou presque, comment faire pour revenir en arrière sans faire du mal, sans perdre une protection illusoire, sans pour autant trahir sa propre conscience ? Le rythme est lent pour nous permettre de mieux comprendre ce qui se passe en chacun d'entre eux et surtout en Hanaé qui devient ce qu'elle doit devenir. quant à Yuudaï, lui-même est un véritable parcours du combattant pour le suivre. Une fois que nous avons le début, le milieu, il nous est facile de comprendre le pourquoi il suit une pareille voie.

J'ai adoré le mélange esprits, êtres humains, entre le spirituel et la réalité terrestre qui est mis en évidence. Chaque croyance apporte son lot de coutumes, son passé, ses souvenirs et ses créatures. Entendez par là des Divinités qui sont au-dessus des esprits. Ceux qui sont à l'écoute, pour les vœux, qu'ils soient d'espoir ou de demande d'aide, de force, de santé... Les esprits sont également "rangés" par classes, entre les mineurs, les supérieurs et tous les autres, le fait d'en attraper un (oui, les traquer, les chasser car ils sont représenter de manière physique) apporte à l'Empereur et aux commerçants en tout genre des potions... Également des porte-bonheur ou l'inverse. Du trafic, comme dans certains pays ce sont les défenses d'éléphants, ici il s'agit de traquer pour utiliser des "morceaux" de créatures plus ou moins divines. Sous couvert d'être dans un tel récit, l'auteure dénonce à mes yeux ce qui ne devrait pas exister : ces traques incessantes d'animaux pour obtenir un gain et je reste polie et surtout je me concentre pour ne pas exploser de rage lorsque dans notre propre réalité cella se pratique encore. Les mythes fournissant de quoi nous entrainer dans ce récit sont magiques et tragiques à la fois. 

Pour réussir la mission d'Hanaé qui est importante aussi bien pour son monde que le notre, elle va devoir passer de nombreux obstacles humains et non humains. Ces créatures de l'ombre qui auraient dû ne plus exister sont de retour, capable du pire, quant aux êtres vivants, certains ne portent le nom d'humains que parce qu'ils se ressemblent. Mais dans les cœurs et les esprits, nulle bienveillance, seul le profit et un but d'une noirceur plus sombre que ces créatures de la nuit sont de mise. Seule elle serait en danger perpétuellement comme c'est déjà le cas. Entourée ? Vous pensiez vraiment que cela serait plus facile ?  Du tout, elle doit se composer un masque sur son visage, tout en prenant conscience de ses lacunes, d'apprendre à interpréter les signes tout en devenant ce qu'on lui demande dans son monde. J'ai adoré la suivre, sa douceur, sa bienveillance, son entrain de bien vouloir faire et ses regards d'enfant la rende attachante. Lowik est comme un père pour elle et son passé dévoilé par endroit nous donne envie qu'il réussisse sa mission.  Yuudaï ainsi que ses compagnons vont devoir faire des choix.
 
Des choix douloureux qui vont en séparer quelques uns, bien que cette petite pierre pourrait être un début de réponse. Une part de ce récit est sombre, la guerre des humains entre eux, les doutes de ces êtres sans oublier leur manière de réussir à ternir une part d'eux-même sans le vouloir. Les traques, les devoirs pour s'élever ou protéger, le manque de pitié, les larmes, la douleur, les manipulations... Une autre part est bien plus lumineuse, dans les espoirs, les croyances, les prières, une fleur qui éclot, un malade qui se rétablit... La curiosité est un point important dans le caractère de Hanaé, tout comme sa volonté de bien faire et le fait qu'elle ressent des choses, des émotions que seuls les humains ont, normalement. Des mystères la composent, la rendent plus humaine que ceux dont elle a la garde. Au fait, juste un petit aparté, mais j'adore les illustrations que vous trouverez à l'intérieur.

En conclusion, un gros coup de cœur pour ce premier tome qui allie émerveillement, justesse et noirceur de l'humanité. Il ne peut y avoir de lumière sans ombre, l'inverse est tout aussi vrai. Trouver un équilibre est difficile. Celui entre les esprits et les êtres humains s'effritent, surtout lorsque nous comprenons la fin de ce tome qui nous amène d'autres questions. Les personnages, qu'ils soient principaux ou secondaires sont tous importants à mes yeux. Ils apportent plus qu'une pierre à ces croyances. Les rencontres forgent les caractères, les actes répétitifs deviennent étrangers et les vraies questions entrent dans la danse. L'évolution des personnages n'est pas à prendre à la légère. La souffrance n'est pas toujours mauvais, il faut réussir à la surmonter pour montrer ce qu'il y a de plus beau, tel le soleil qui sera toujours derrière la pluie, Emazora est une véritable ode à la vie, dans la délicatesse de cette plume si poétique ! Un grand merci pour cette lecture dont j'ai gardé bien des secrets, à quand la suite ?
 

 Extrait choisi :   

 

« De nombreuses années auparavant, les dieux avaient rendu leurs esprits invisibles pour leur propre protection ; Hanaé le savait. Toutefois, une minorité d'humains détenait encore la capacité de les voir. Et qu'en était-il des Chasseurs ? Par quels moyens traquaient-ils les créatures spirituelles ? Hanaé se sentit submergée par tant d'ignorance, elle qui, pendant de longs cycles, avait exploré les recoins de la mémoire humaine. Elle comprit rapidement que cet aspect-là lui avait été dissimulé. Jamais l'Archiviste n'avait eu à entrer dans les souvenirs d'un Chasseurs ou d'un Solennel. Pourtant cela lui aurait largement facilité la tâche. Là, elle avait l'impression de paraître sotte. »

 

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