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La buveuse d'âmes (Gilles Del Pappas)

 

Auteur : Gilles Del Pappas

Éditions : Mplus éditions

Paru le : 22 aout 2025

290 pages

Thème : Roman noir

disponible sur le site de l'éditeur, à la FNAC et sur Amazon

Un périple pas si simple !

 

Résumé 

« Steve et Aldo se rencontrent sur les bancs de la faculté à Paris. Le premier est à moitié polynésien par sa mère, le second est un sudiste monté à Paris pour ses études. Alors que leur amitié se bâtit, Steve apprend que sa mère, sous l’influence d’une brusque “conversion”, a tout abandonné pour repartir dans ses îles natales.

Aussitôt, les deux amis sautent dans un avion direction Tahiti et entament un grand voyage sur les traces de Rauana, la mère de Steve. Le périple est long et dépaysant pour rejoindre la petite île dont est originaire la famille de Steve.
Mais au fil des indices, il devient de plus en plus évident que Rauana n’est pas retournée en Polynésie de son plein gré...
Un périple dans le Pacifique sur les traces d’une mystérieuse secte... » 
 

 Ma chronique

 

Ce qu'il y a avec ce type de résumé, c'est qu'on s'imagine déjà ce qu'il risque d'y avoir. Pour ici, de l'action, de rebondissements, une traque, probablement une entrée dans une secte, une quête pour sauver une personne (ici sa mère) d'un engrenage et voyager. Pour le voyage je ne peux pas dire le contraire, pour le reste, je suis restée sur les quais. Du départ, Aldo m'a quelque peu énervé à la façon dont il voit les gens, les femmes surtout et le fait que s'amuser rime avec... bref, il a beau être adulte, il m'a semblé qu'il était encore un peu un ado dans son esprit. La rencontre de Steve sur les bancs de leur faculté va l'entraîner sans qu'il ne s'en rende vraiment compte. Alors que ce cher Aldo avait des vues sur une rousse, qui au final n'est pas du même "monde", il se retrouve avec Steve qui lui assume totalement ce qu'il est. Et sans le vouloir, porter préjudice à Aldo, mais pas bien longtemps. Car tous deux vont apprendre une mauvaise nouvelle, la mère de Steve a fait ses valises ! Et si papa ne sait plus quoi faire, c'est le fiston qui s'y colle et direction le Pacifique !

Le début a été un peu chaotique, j'ai eu peur de la façon dont l'auteur dépeint les deux personnages principaux. Avec le voyage, les mentalités changent un peu. Tous deux apprennent des autres. Être assis sur des bancs d'école c'est bien, mais j'ai eu l'impression que l'auteur voulait nous montrer que vivre la vie d'une autre manière permet aussi des apprentissages, et ce n'est pas mal en un sens. J'ai adoré découvrir les termes utilisés, les coutumes, les moyens de locomotion, le fait de vivre sans avoir forcément de la technologie, écouter une histoire, celle d'un homme qui croit encore en une bonne étoile. Les paysages sont splendides, la pauvreté aussi, l'entraide existe vraiment. C'est dans ces petites îles que l'on comprend le sens du mot solidarité. La nature fait corps avec les Hommes qui vivent là-bas et la respecte. Un échange entre eux est possible sans que l'un écrase l'autre. J'ai découvert des "saveurs" sans pouvoir les avoir sous la langue, mais les explications et les sensations donnent vraiment faim. C'est paradisiaque, pour autant certains secrets même bien cachés sont parfois de lourds fardeaux qui sont vraiment difficiles à mettre de côté. Un voyage qui a démarré sur les chapeaux de roues, qui prend son temps pour nous faire découvrir comment nos deux lascars vont s'acclimater. Et puis ils débarquent et nous sommes presque sur la fin du livre.
 

Alors, oui, j'ai adoré le voyage, découvrir, en avoir plein la vue, mais cette secte soi-disant ? Parce que je ne suis pas dans le livre ni dans l'histoire et nous ne savons pas si la maman est vraiment partie de son plein gré, ou avec un peu d'aide ? Avec les fameuses homélies, nous comprenons qu'il se trame quelque chose et lorsque nous arrivons sur un îlot peuplé de personnages qui se comptent sur les doigts de peu de mains, c'est étrange. C'est particulier et j'avoue ne pas avoir tout compris. Est-ce que je me suis perdue ? Probablement, la beauté des lieux et certaines histoires racontées auprès de feu de camps ou de cuisine navigante qui n'étaient pas forcément dans l'optique de la secte, mais plutôt dans le fait que le monde ne tourne pas rond. Alors maman disparaît et nous n'en savons pas plus. Nous apprenons où elle va, avec qui, mais le pourquoi . Lui il reste un mystère. C'est bien dommage, je pense que la manière dont l'auteur a voulu nous montrer les événements m'a perdu. J'aurai aimé comprendre si c'est avec des mots, avec des gestes, avec des promesses, peu importe que la vie d'une personne se dissolve ainsi. Tout comme de nombreuses questions qui se posent une fois le livre refermé. Comment ce Comte retrouve la trace de son personnage de tableau ? Comment la folie peut prendre ainsi forme auprès de Steve et Aldo ?

Ce roman noir l'est, assurément, surtout avec les divers fils conducteurs qui se croisent sans jamais se toucher pour aboutir au final. Par contre, mon imagination a beau être grande, j'aurai aimé également avoir plus de détails sur certains sujets, comme pourquoi ces homélies, pourquoi ces prières particulières et la fin, l'accueil des uns et des autres, la vie, la mort, les îles en autarcie, tout était présent pour apporter une atmosphère lourde que nous ressentons parfois. Mais pas toujours et c'est dommage. Je reviens sur le final où j'ai dû relire les derniers chapitres me demandant si je n'avais pas loupé une page ou deux. Mais non, ce qui avait commencé comme une quête a montré une fin sanglante qui va au-delà d'une simple secte, à mon humble avis, mais je ne suis pas du tout experte, alors je n'émets que des hypothèses avec ce que je peux penser. Du chaos à l'Harmonie pour retourner à des dérives et enfin un semblant de... paix ? Que faut-il donner pour y parvenir ? Steve et Aldo apprennent qu'il faut parfois des sacrifices pour parvenir au bout de leur quête. Le chemin n'est pas évident et parfois ils se perdent, mais c'est pour mieux reprendre le bon chemin.

Ce n'est pas un récit comme le résumé laisse penser et c'est dommage. Je pense que j'aurai plus apprécié sans avoir lu justement cette quatrième de couverture. L'auteur a une belle imagination pour retranscrire ses visions. On ressent indéniablement le travail fourni sur ses recherches, sur ses îles, car ce n'est pas en tapotant et voir sur Google une photo que nous pouvons savoir comment cela se passe à l'intérieur de ces terres. La culture, la vie est plus tranquille que la mienne, dans tous les cas. Est-ce qu'il y a moins d'ennui ? Non, mais les priorités sont différentes. Le récit suit nos deux personnages principaux et je dois admettre que c'est aussi lent que le bateau qui a mis un temps fou pour les transporter au début. Un récit très lent qui n'a pas apporté de surprises, mais de belles images.

La Polynésie est  magnifique, même si nous débutons de Paris à la Bretagne (le kouign-amann par contre, vu comment il est fabriqué, je le laisse volontiers, mdr) mais il m'aurait fallu plus que cela dans ce récit qui me semblait plutôt prometteur. Un voyage gastronomique, des histoires à dormir debout ? Non, pas toujours, une vraie inquiétude pour la mère de Steve, mais au final pas de véritables enquêtes. Ils creusent vraiment sur la fin du récit, ce qui a été un peu trop tard pour ma part. Il a suffi d'un grain de sable dans la vie d'Aldo pour que son avenir soit changé à tout jamais. Ayant moi-même fait des choix pas toujours en adéquation avec ce qu'il faudrait faire, il est vrai que j'entraperçois ce que l'auteur a voulu donner comme sensations, mais c'était trop léger. La secte est passée à côté, trop subtile entre ces pages pour ma part. Les mots sont légers sur ce sujet. Autant pour les lieux nous avons tout ce qu'il faut, autant pour l'intrigue dite principale, je suis restée sur ma faim. 

En conclusion, je ne dirais pas que je suis déçue, mais mitigée. La partie voyage, de Paris à la Polynésie en passant par la Bretagne et les histoires d'un cuisinier sont intéressantes, mais le reste est trop dans le flou. La couverture est sublime ! Tout ce qui est vraiment concret est bien amené, avec un travail de fourmi, par contre sur la secte en elle-même, le pourquoi du comment, nous sommes dans le creux de la vague qui nous engouffre totalement. De beaux paysages, de la culture, mais le suspense n'arrive vraiment à me faire frémir que dans les derniers instants. La secte mystérieuse porte bien son adjectif, elle est et restera un véritable mystère à mes yeux. 

 

 Extrait choisi :   

 

« Oui, il avait raison, c'était une partie de l'histoire qui ne nous concernait pas. Mais je n'oubliais pas pour autant que c'était à cause ou grâce à sa mère que je me retrouvais dans cette île du bout de monde, amoureux d'une Farani étrange. Enfin, ce n'était même pas sûr qu'elle soit française ! Dans la baie, devant moi, le bateau qui nous avait amenés s'apprêtait à repartir. Pour trois mois. En temps normal, nous serions en vacances, la fac étant fermée pour cette période. J'avais du mal à imaginer que nous ne pourrions pas bouger de l'archipel, de l'île, pendant trois mois. Meremaana me rejoignit, nous regardâmes un moment, en silence, les préparations du Tuha'a Pae IV. »

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