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Antoinette Trubule (Aurélia Schneider)

 

Auteur : Aurélia Schneider

Éditions : Eyrolles

Paru le : 04 juin 2026

300 pages

Thème : Contemporain

disponible sur le site de l'éditeur à la FNAC et sur Amazon

Les peurs des uns se reflètent souvent dans le cœur des autres.

Résumé 

« « Le coeur n'en finit pas d'aimer. Il est fait pour ça. Battre et aimer. »
Antoinette Trubule a trente et un ans, elle est rêveuse, tendre, distraite, hypocondriaque, et espère trouver l'âme soeur. Mais elle est si anxieuse, et le monde regorge pour elle de tant de dangers, qu'elle n'a pas encore osé passer le cap. En d'autres termes : Antoinette n'a jamais connu l'amour, et étant donné qu'elle sort d'une maladie qui a transformé son corps, ce n'est pas près de changer - du moins, c'est ce qu'elle se dit. Alors elle se consacre de tout son coeur à aider les autres, avec l'empathie et la fantaisie qui la caractérisent. Elle ignore encore qu'à la faveur d'une robe bouton d'or, de quelques Post-it thérapeutiques et d'un chat à l'origine mystérieuse, sa vie s'apprête à basculer.
Antoinette parviendra-t-elle à surmonter les obstacles, réels ou imaginaires, qui se dressent entre elle et son bonheur ?  » 

 

AURÉLIA SCHNEIDER est psychiatre, spécialisée en thérapies comportementales et cognitives et autrice d'un essai sur la charge mentale publié aux éditions Larousse. Elle est aussi chroniqueuse sur France Inter, où elle évoque les sujets de l'anxiété, de l'hypersensibilité et de l'estime de soi.

 

 Ma chronique

 

Suite à une masse de Babelio, j'ai eu l'opportunité de découvrir ce premier livre et je les en remercie ainsi que la maison d'éditions qui me l'a envoyé. C'est typiquement le type de livre que je n'aurai pas lu il y a 4 ans, mais que j'aurai lu auparavant. Complexité, quand tu nous tiens. Disons que je suis actuellement en rémission pour un deuxième crabe et qu'il y a quelques années, je n'aurai même pas ouvert le livre. Étant sur une bonne pente, je pense que je suis dans une bonne optique, la preuve ? Je l'ai terminé assez vite et j'en ai pensé du bien, même si je ne suis pas d'accord avec certains points, ce n'est que mon opinion qui intervient. Pour l'heure, je reste d'abord sur le récit en lui-même qui a su trouver une résonance très forte. Il est clair que mon propre passé a rejailli entre ses lignes (la peur de l'attachement, la peur de mourir suite à plusieurs opérations et suites pour éradiquer une bête invisible à l’œil nu,  les cicatrices qui sont bien présentes (et toujours sans avoir le droit de voir la lumière du soleil encore maintenant pour la dernière) le fait de faire peur à des personnes qu'on aurait as cru possible sans oublier tout ce que j'ai vécu avant (eh oui je n'ai plus 20 ans, mais mon fils va les avoir et je me bats tous les jours pour être toujours présente telle la grand-mère Croods !) Pardon, je me suis égarée durant ce paragraphe, mais la lecture c'est souvent quelque chose qui s'incruste en nous et lorsque le personnage vit un événement proche de nous, nous devenons CE personnage et vivons ses mêmes craintes.

Bref, Antoinette est ce que nous appellerons une "stressée de la vie". Attention ce n'est pas péjoratif dans mon esprit ! Cela peut être risible pour celui ou celle qui croque la vie à pleines dents sans chercher les conséquences de ses actes ou autre, sauf que c'est un mal-être qui se définit de plusieurs manières. L'auteure le fait très bien, aussi ben dans la plume, qu'à juste titre. Étant psychiatre, elle sait de quoi elle parle. Ce mal-être chez l'adulte n'arrive pas tout seul, il est souvent de plusieurs origines (je le vois avec les adolescents que j'encadre tous les ans dans mon travail) et l'écoute est déjà la meilleure des énergies. Bien entendu, il n'y a pas que cela, mais ne pas se moquer et écouter pour tenter de comprendre d'où cela vient est important. Le côté rassurant est souvent inaccessible pour eux et Antoinette nous prouve que malgré sa meilleure amie qui est elle-même dans le métier, c'est difficile d'ôter ses mauvaises habitudes. il faut en créer d'autres afin qu'elle devienne une femme accomplie. Et ce n'est pas forcément trouver un homme et avoir des enfants ! Cela passe par le bonheur. Être heureuse est crucial pour Antoinette qui ne connaît pas les choses de la vie, comme disait ma grand-mère et aimerait ne pas finir les deux pieds dans le même sabot sans avoir connu l'amour sous toutes ses formes. 

Je généralise le mal-être d'Antoinette, l'auteure explique très bien ce qu'elle ressent, les pourquoi, les comment et ses attentes. Je ne vais pas m'amuser à refaire le livre, au contraire, je vous conseille de le lire par vous-même et de découvrir ce petit brin de femme qui a énormément d'amour à donner. Les animaux la remercient par ailleurs. Son métier d'assistante lui apporte une part de cette attention qui lui fait défaut et en aidant un autre personnage, elle se rend compte qu'il est possible pour elle d'avancer également. Le temps n'est rien dans les émotions et les sentiments. Cela fait 7 ans que je travaille avec des adolescents et je peux vous garantir que rien ne se résout en une semaine. Il faut du temps, des habitudes et l'envie aussi. La peur est un élément que nous ressentons, bien plus fort que toutes les autres émotions.  Lorsqu'enfin cette peur se retrouve en lice avec l'espoir ou le désir d'avoir autre chose, alors c'est le déclic. Le vrai. Celui qui donne ce coup de pouce à Antoinette. Bien entendu, cette femme a des amis véritables qui sont toujours là même après l'opération. Agathe est un amour, Josiane une belle découverte. Et puis nous avons Eric et Paul qui sont des opposés de ses dames. Je n'en dis pas plus à ce sujet, mais les peurs des uns se reflètent souvent dans le cœur des autres. 

Antoinette rêve et se met des barrières insurmontables ? Probablement, pour autant elle ne s'arrête pas de vivre. Bien entendu, ce n'est pas une fêtarde, elle ne va pas dans les bars, les clubs/boites et évite les sites de rencontres. Alors, comment rencontrer la personne qui lui faut ? Mystères ! Chut, je n'en dis rien, les circonstances parfois, les hasards, les rencontres... Tout n'est question que de rencontres et si elles sont fortuites au début, elles ne le deviennent plus par la suite. Le bonheur c'est bien chez les autres, mais chez soi ce serait pas mal. Alors, la définition du bonheur est multiple, aussi nombreuse qu'il existe d'Hommes et de Femmes dans le monde. Pour certain c'est se sentir bien seul dans son chez-soi à faire ce qui veut quand il veut, d'autres sont plus dans l'optique d'avoir une famille, d'autres d'aider ou de manger du chocolat. Le bonheur est simple, une fois que l'on sait ce que nous voulons. Antoinette sait, mais ne sait pas comment y parvenir. Le processus pour attraper cette bulle de réconfort est long, laborieux par moment. La tristesse, la mélancolie nous envahit. Nous n'avons pas de fou rire en la suivant, nous avons parfois un sourire qui apparaît lorsque nous nous rendons compte qu'elle garde des gestes d'enfant. C'est touchant par moment. Il ne s'agit pas d'une psychanalyse complète, nous avons les ébauches et Agathe nous apporte parfois des solutions qui ne s'adaptent pas à tout le monde c'est certain. 

Il est question de douleur également. Celle qui est physique, je la connais bien, par cette peur de montrer quelque chose d'horrible, de penser qu'il faut se cacher par ce que nous ne sommes pas parfait. La douleur après l'opération qui  est naturelle et nous prouve que nous sommes vivants. La douleur physique qui vient du mental parce qu'on est différent d'avant. Et qu'il faut faire avec, parce que nous l'avons décidé. Ce mental qui nous envoie des idées noires, des moments de doutes, des spéculations. Les "Et si" qui viennent en pagaille, à cause de la peur de mal faire, d'avoir quelque chose, de ne pas s'en sortir. Ces "Et si" qui nous bouffent la vie jusqu'au fameux déclic. Pour ma part, c'est mon fils qui m'a en quelque sorte sauvé (pas l'entourage vu le désert qui s'est formé et que j'ai maintenu après toutes ses années : moi ? Radical et Rancunière ? Pour certains points oui !) Pour Antoinette c'est sa manière d'être qui lui dicte sa conduite, une conduite qu'elle ne veut plus, pour enfin se libérer. Je peux vous garantir qu'une fois que vous vous êtes libéré, oui, ce n'est que du bonheur, mais il faut du temps et ça, l'auteure nous le démontre très bien aussi.

La plume virevolte au gré des pensées et actes d'Antoinette, mais aussi de Paul, d'Agathe, de Yukiko. Le passé de Josiane est beau à découvrir (gardez-moi cette expression en mémoire, vous la verrez peu souvent avec moi) Les cicatrices sont présentes physiquement, mais mentalement elles s’atténuent doucement.  Les TOC ne s'arrêtent pas parce qu'on le veut, il faut du travail, de la compréhension et parfois un petit coup de pied aux fesses. J'ai beaucoup aimé tout ce qui est "analyse" sas l'être, le comportement des uns, leurs habitudes, le concept en lui-même. La manière dont les personnages sont mis en scène, jusqu'à un certain point, parce que la fée qui s'est penchée sur la fin me fait penser à un conte de fées justement et je l'ai trouvé peu crédible, mais tout le reste me convient parfaitement. J'ai aimé la façon dont tout est décrypté et également le fait que l'auteure ne donne pas UNE seule voie pour tenter de guérir. Parce que nous sommes tous différents, que nous ne voulons pas les mêmes choses. En prenant mon vécu, j'ai tiré un trait sur beaucoup de choses pour avancer et seul le bonheur de mon fils compte. Certains diraient que 'est mauvais pour moi, qu'il me faut de la compagnie ou que je dois aussi penser à moi. C'est mon choix et je m'en porte bien mieux depuis que j'ai compris. Antoinette prend le temps d'analyser et nous entraîne dans ce qui est à sa portée de ce qu'elle veut.

L'auteure nous montre une voie pour ses personnages et un déroulé, un fil conducteur où les maladresses, les peurs, les incapacités à s'exprimer sont bien présentes, pour laisser place à une vision plus douce et sereine. Elle nous apporte tout en douceur, sans forcer, en laissant la place à celui qui en a besoin de faire un pas en un sens ou un autre. Certaines circonstances restent dans le domaine de la réalité, jusqu'à la troisième partie où je suis restée un peu plus en retrait, mais elle est toute petite cette partie. Ce n'est pas un guide que nous tenons entre les mains, mais une tranche de vie sur des personnages qui ont eu peur une grande partie de leur vie de la vivre justement. L'auteure nous montre un cheminement pour traiter ce genre d'anxiété qui peut véritablement bloquer la vie de chacun. Oser est un verbe qui n'existe pas dans le vocabulaire d'Antoinette, mais elle va l'apprendre au fil des années.  Il est vrai qu'il y a une certaine redondance par moment, mais je me suis dit que nous ne l'avons que durant un récit, alors que toutes ses craintes, ses moments de doutes, ses explosions de crises ont été vivaces dans l'esprit d'Antoinette durant autant d'années ! La musique prend une part importante et pour un homme comme Paul qui a également certaines peurs, être capable de chanter ainsi devant une telle cour est impressionnant. Je lui tire mon chapeau, la musique est véritablement importante dans certains cas cliniques. Et puis l'hypersensibilité est complexe sur la manière de la gérer plus ou moins.

En conclusion, une histoire qui n'est pas simple émotionnellement. Elle fait ressortir nos propres peurs, nos propres échecs, mais également nos combats gagnés. Le côté réel est important, car nous sommes capables de détecter les signes de ces mal-être chez nous ou chez des connaissances. Réfléchir à ses besoins, à ceux des autres, à comment parvenir à aider ou à s'aider, car nous avons les deux cas. Les animaux, la musique, les épreuves à surmonter... Il faut du temps pour que tout se mette en place et sans volonté, n'importe qui pourra nous dire quoi faire, cela ne fonctionnera pas. Des sujets importants, de notre société actuelle qui sont mis à plats. Le corps ressent parfois plus vite que ce que l'esprit est capable de décrypter. Ne dit-on pas que le cœur et la raison s'ignore ? Question de philo ou de mental ? À nous de faire le premier pas vers ce bonheur désiré, pas vrai ?

 

 Extrait choisi :   

 

« Toute sa vie, elle avait eu honte de ces excroissances émotionnelles qu'elle qualifiait de "sensibleries" : elle se jugeait sévèrement, se traitait de faible. Mais depuis deux semaines qu'elle avait commencer ses entretiens avec Agathe, et surtout depuis cinq jours qu'elle avait dévoré ce lire extraordinaire sur les hypersensibles que son amie lui avait recommandé, elle laissait ses émotions suivre leur cours. L'ouvrage l'avait réconciliée avec elle-même. Elle était dedans, il avait parlé d'elle. À presque tous les chapitres. »

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