/image%2F0651920%2F20260714%2Fob_ba0a55_img-20260714-152623.jpg)
Auteur : Maxime Klein
Éditions : Auto-édité
Paru le : 14 avril 2026
400 pages
Thème : Thriller psychologique
disponible sur le site de l'éditeur et sur Amazon
Dans une société de droit, pouvons-nous faire justice soi-même ?
« On ne choisit pas ce qu'on voit. On choisit ce qu'on fait.
Elena est professeure des écoles dans une petite ville du Jura. Ses élèves lui confient leurs silences autant que leurs mots. Elle consigne ce que personne ne veut regarder. Et parfois, elle agit.
Lucas est gendarme. Un homme qui avait cessé de ressentir. Quand la mère d'un enfant est agressée, son enquête le mène jusqu'à Elena. Et quelque chose se brise en lui.
Jusqu'où peut-on aimer quelqu'un qu'on devrait arrêter ? »
Ce récit est un véritable cas de conscience. Me voilà déjà avec les pieds dans le plat, mais je ne peux pas dire qu'il est facile à entendre. Avec les "Pantins humains", Maxime nous emportait déjà dans des lieux où la ligne à franchir était si mince que parfois être de l'autre côté de la barrière était juste. Juste, 5 lettres pour un mot qui prend encore plus d'importance dans le récit d'Elena. Qu'est-ce qui est JUSTE ? Qu'est-ce qui est légal ? Jusqu'où pouvons-nous aller dans une société qui nous dicte notre conduite, nos actes, nos gestes alors que la plupart du temps elle ferme les yeux sur des actes sous couvert de réputation ? D'argent ? De profil ? Elena n'est pas JUSTE un récit, il crie, non, il dénonce la violence faite à tous êtres humains. Il pointe du doigt le système qui n'est pas infaillible. Il apporte la preuve des dérives, des faiblesses, du manque de courage, des regards qui fuient pour de mauvaises raisons. Oui, je fais partie de ceux et celles qui ne dévient pas, qui regarde, observe, prend note et fait parfois des signalements. Mais je me bats pour que les injustices s'arrêtent, même si cela fait mal, même si celui qui s'est confié pense qu'on l'a trahi. C'est une douleur qui s'estompe rapidement, parce que nous savons que nous avons bien fait. Et un jour, ils s'en rendent compte, parce qu'ils sont heureux, sans souffrance, même si cela prend du temps.
Elena. Son parcours est dur. L'auteur nous laisse des miettes, jusqu'à ce que nous apprenions la vérité. Nous ressentons bien qu'il s'est produit des événements pour qu'elle soit ainsi. Pour être cette maîtresse d'école qui veille sur ces petits comme la prunelle de ses yeux. Le résumé est déjà là, avec ses sous-entendus. Eh oui, nous savons qui, nous savons quand et même le pourquoi cet acte a été fait. Pourquoi la frontière s'est effacée en un clin d’œil ? Parce que rien ne bouge. Tout le monde détourne le regard. Parce que ce n'est pas grave. Parce que c'est une erreur (qui se répète ?) Parce que cela ne nous concerne pas... Cette dernière est ma préférée, donc en tant qu'êtres humains nous devons détourner le regard de certains événements, parce que nous ne sommes pas concernés ? Mais si c'était vous ou vous, peut-être que vous seriez heureux d'avoir une vraie écoute, une vraie attention, une aide véritable. C'est LE choix d'Elena, de ne pas fermer les yeux, de ne pas détourner le regard, d'agir alors que toutes les portes se ferment les unes après les autres. Oui, la violence engendre la violence, traverser la frontière si invisible est immoral, mais est-ce que cette moralité est aussi capable de nous laisser impuissants ?
C'est un récit qui n'est pas que sur Elena et ceux dont elle a la charge, mais également de Lucas qui a un statut de gendarme. Lui-même a déjà des ennuis : son esprit ne le laisse pas tranquille depuis trois ans. Depuis l’innommable, depuis qu'il prend ces jolies pilules pour l'aider. L'enquête est, du point de vue du lecteur, simple, comme si Elena laissait des indices plus gros qu'elle et forcément les doutes tombent sur elle inexorablement. Témoignages, enquêtes, nous, nous savons et lui ? Il se doute et ce n'est pas le seul. Rien n'est évident si ce n'est la "culpabilité", mais que faire lorsqu'un enfant est en danger ? Devons-nous nous taire et faire comme si ou agir ? Et comment agir ? Parce qu'il existe la loi. Cette loi qui nous dicte que tel ou tel acte est bien ou à proscrire. Et ce qui est juste. Juste ce qui n'est pas forcément dans le bon droit, mais juste vis-à-vis de l'humain. Ce n'est pas tout blanc ou tout noir, il n'y a pas de bon ou de mauvais. Il y a de nombreuses nuances de gris. Les circonstances n'excusent pas les gestes, elles nous font comprendre l'acte sans pour autant donner raison. Avoir raison ou tort... C'est un sujet délicat que pose Maxime entre ses lignes. Un sujet fragile comme ses enfants qui vivent un enfer, une peur panique, une vie d'enfants volée, un sujet qui ne se résout pas à coup de justice aveugle.
Il est vrai que c'est difficile de dire si elle a tort ou non, même si personnellement j'ai déjà mon idée. Ayant déjà été dans son cas, dans ces moments terribles où les doutes sont installés, où les regards trompent, où parfois les mots ne suffisent pas à débloquer... Parfois les soins interpellent, il faut adapter, concevoir, expliquer, prendre du temps, faire attention aux mots et puis c'est le dialogue qui s'instaure et les étapes suivantes qui sont longues, laborieuses, mais actives. Je me doute que parfois cela n'aboutit pas et je ne l'ai jamais vécu. J'ai déjà connu bon nombre de situations complexes dans mes différents métiers et malgré le temps qui passe, on se souvient toujours de ce que nous avons accompli, sans avoir détourné le regard, en ayant osé l'ouvrir et prévenir. Elena a fait LE choix d'intervenir autrement au bout du compte, parce que tout ce qu'elle a entrepris s'est retrouvé devant des menaces, des portes closes, un système fermé. Un cas difficile pour quiconque se pose des questions, comme Lucas qui ne sait plus où il en est, alors ça... Comment faire pour continuer d'avancer ? C'est là que l'auteur nous dévoile une aventure stupéfiante, courte dans la fuite, mais tout est relié. Et quand j'indique tout, c'est le passif d'Elena qui rejaillit, sans oublier cette ombre permanente de Paul tout droit sorti depuis le début de cette tranche de vie.
Paul, la mère d'Elena, son père, le petit Arthur, mais aussi Lucas, la mère de Enzo, Simon, le spectre de Sophie, le père Duval... Des personnages qui ont des convictions, des peurs, des stratégies, des idées farfelues par moment. Les émotions sont vives et si au début nous pensons qu'il ne s'agit que d'un cas isolé, l'histoire nous montre l'envers du décor. La dernière page tournée, le dernier mot lu et l'histoire ne cesse de tourner. Qu'aurais-je fait à sa place si par malheur ce que j'avais entrepris n'avait pas fonctionné ? Aurais-je été au-delà de ce que la loi prévoit ? Cette même justice qui est aveugle par moment. Le cheminement de ces personnages montre clairement les possibilités dans la réalité. Nous pouvons tout voir, tout entendre, mais sommes-nous capables de faire le pas nécessaire ? Le livre, découpé en 4 parties distinctes... Je pense que je noterais la 4ème en première position. C'est à ce moment précis que nous suivons l'esprit d'Elena et que nous comprenons le besoin d'aider et le fait que cette aide peut être à n'importe quel prix pour sauver un enfant. Malgré les menaces, malgré les risques de prison et même le regard, nous ressentons malgré tout la peur sous-jacente d'être attrapé, mais la conscience est ce qu'il nous reste.
La détresse est très bien ressentie, autant du côté des adultes que des enfants. La douleur physique disparaît et le mental, ces cicatrices émotionnelles ne s'effacent pas d'un coup. Ce n'est pas possible, comme nous l'indiquons bien dans certains de mes cours, les mots font plus de mal que les coups portés. Parce que ce qui est indélébile a beau ne plus être vu, c'est toujours ancré. La bienveillance est également au cœur des événements, sans cette bonté le livre serait froid comme le temps dans le Jura. J'ai eu la chance d'y aller une fois, en plein hiver et les températures sont très bien ressenties ! L'intrigue principale est forte, mais les petites qui se rajoutent apportent de la matière aux personnages. Ce ne sont pas des monstres pour des monstres, ils ont été façonnés avec le temps, avec le passé, avec les oublis, les peurs, la crainte, les mensonges et la honte. Le sujet est délicat, mais lourd, intense. Comment tout cela va se terminer ? J'avais des doutes, j'ai eu des certitudes et une morale qu'il ne faut pas louper avant la fin.
Je vais émettre de petites réserves de mon point de vue bien entendu. Il s'agit d'une grosse tranche de vie certes, mais j'ai eu l'impression qu'il m'a manqué des éléments. Au début, nous avons Paul qui débarque et à la façon dont il est noté, c'est comme si nous devrions le connaître (ai-je loupé un épisode ?) Par moment certains faits semblent déjà connus pour les personnages et l'auteur, mais pour le lecteur, je me suis dit qu'il me manquait un petit truc. L'auteur fait plus qu'effleurer la psychologie des personnages, mais j'avoue que j'aurai aimé en avoir un peu plus, surtout du côté de Lucas qui a beau avoir un syndrome de culpabilité existentielle, oui, j'aurai aimé avoir un petit peu plus. Rien de ces bémols ne m'a dérangé réellement, parce que j'ai plongé dans le récit afin de chercher la faille qui existe déjà dans le système. Je pense que de toute manière, le but de ce récit n'est pas d'entrer dans la tête de tous les protagonistes. Il est là pour déranger, nous poser des questions comme jusqu'où nous sommes capables d'aller pour ce que nous considérons comme une justice ?
« Elle fuyait, elle le savait. Parce qu'elle en avait trop dit. Ou pas assez. Parce que sa proximité commençait à fissurer ses défenses si soigneusement construites. Pierre après pierre. Muraille après muraille. Il se leva à son tour, paya l'addition malgré ses protestations. Ces actions ordinaires qui créaient une normalité de surface. Dehors la neige avait cessé. Ils marchèrent jusqu'aux voitures, leur pas crissant sur le verglas du parking. Elena s'arrêta près de la sienne, n'osant pas encore ouvrir la portière. Ce moment suspendu entre le départ et autre chose. »
/image%2F0651920%2F20260714%2Fob_dd1f14_41l4bm2daql-sy445-sx342-ql70-ml2.jpg)
En conclusion, c'est un récit bouleversant qui vous arrachera des larmes surtout avec la fin de la 4ème partie. Certains mots sont plus douloureux, dits avec une telle innocence qu'ils arrachent le cœur. L'intrigue reste terriblement dans la réalité, pour ce que j'en sais. Les maltraitances sous toutes ses formes sont mises en avant, tout comme le système qui n'est pas toujours parfait, comme chaque être humain. Maxime décortique les faits, les actes sont placés de telle sorte que nous restions aux côtés des personnages avec de l'appréhension. Courage, peur, ténacité, la détresse des protagonistes est palpable tout comme le fait que certains se sentent perdus dans leur sentiment. La limite est une zone rouge et la frontière qu'il ne faut pas dépasser n'est pas toujours nette. La réflexion est intense, le rythme qui met les nerfs à vif. Prévoyez des mouchoirs et enfermez-vous au risque de vouloir faire un tour dans le Jura pour faire justice vous-même. Enfin, le Jura ou un autre lieu, car les maltraitances, malheureusement existent, sinon il n'y aurait pas autant de numéros de soutien.